Le Vieil Homme et le camion rouge

Ce matin-là, dans la rue des antiquaires, celle qui se recroqueville dans les tréfonds sordides de la vieille ville ; donc, en cette matinée de décembre, le soleil se glissait lentement à l’intérieur de celle que les Vieux se souvenaient comme étant jadis le Ruage du Guef . Étroite et sinueuse, elle serpentait entre de sombres bâtisses garnies par-ci par-là d’insipides fenêtres flanquées de volets de bois tous déformés par les années. Celles du rez de chaussée, protégées par des grilles métalliques rouillées, laissaient entrevoir ce que devait-être jadis le Ruage du Guef.

Le Guef ! Qui, parmi tous les promeneurs de ce matin-là, mais aussi ceux passés par ici et ceux à venir, qui vraiment en connaissait l’origine ? Dans les temps anciens, tous les petits objets personnels perdus ou chapardés, les bijoux, les accessoires beauté des belles dames, les aumônières, les rapières des soldats, les chausses de beau cuir, la vaisselle d’argent des riches, les jouets des enfants de bourgeois, même parfois quelques dentelles des atours des gentilshommes nobles… Quiconque avait perdu, ou s’était fait voler un objet précieux, pouvait être certain que cet objet serait mis à la vente dans le Ruage du Guef. Rares étaient ceux qui se risquaient dans ces lieux sordides pour récupérer leur bien, ce marché de la bricole étant peuplé de brigands en tout genre.

  • Maman, regarde, le vieux monsieur là-bas, il pleure !

La jeune femme suivit le regard de sa fille et le vit. Quel âge pouvait-il avoir ? 70 ans, voire plus. Vêtu chichement, il semblait sorti d’une autre époque avec son bâton noueux qui lui servait de canne et son chapeau dégingandé. S’appuyant difficilement d’une main sur la vitrine du magasin d’antiquités, il pleurait en silence. S’il n’y avait pas eu la paroi de verre, on aurait pu croire qu’il faisait partie intégrale de la devanture de l’antiquaire, comme s’il était logique qu’il soit exposé au milieu de ce fatras d’objets exposés à la vue de tous. Un peu comme un clown triste jeté au milieu d’un festival de vieilleries…

  • Viens Maman, il faut le consoler. Ce n’est pas juste qu’un vieux monsieur pleure. Et puis, il est peut-être malade !

Abandonnant sa mère, la jeune fille courut vers le vieil homme en pleurs.

  • Bonjour Monsieur. Pourquoi tu pleures, tu as mal quelque part ?

Le vieil homme leva la tête et regarda la fillette. Esquissant un pâle sourire, il essuya ses larmes laissant entrevoir un regard noir au fond duquel on pouvait lire une profonde tristesse. Un peu comme un clown triste qui s’aperçoit qu’il ne pourra jamais rire…

  • Bonjour fillette, c’est gentil de me demander si je suis malade. Rassures-toi, je vais bien. Je suis un peu triste, c’est tout.
  • Pourquoi tu es triste ? Ce n’est pas juste d’être triste, demain c’est Noël.
  • C’est un peu à cause de Noël que je suis triste, mais aussi à cause du camion rouge que tu vois là à côté de la chaise en paille.
  • Le camion de pompier, lui demanda la jeune fille ? Il est vieux, tout rouillé, tout cabossé et pas très beau. C’est parce qu’il est très vilain que tu pleures ?
  • Oui et non. Mais tu me sembles bien curieuse pour une toute petite fille. Comment t’appelles-tu ? Et que fais-tu toute seule dans la rue ?
  • Je m’appelle Charlotte, j’ai huit ans et ma maman est juste là derrière toi.

Le vieil homme se retourna, sourit à la mère. « Bonjour Madame. Votre fille est adorable, débordante de gentillesse. Comment vous remercier toutes les deux de votre courtoisie ? Peut-être en vous expliquant pourquoi ce vieux camion rouge me rend triste ? Qu’en pensez-vous ? Je vous préviens, c’est un conte de Noël un peu triste, mais, il a l’avantage d’être authentique ».

Ayant reçu leur assentiment, il s’assit sur un petit mur de pierre et raconta son histoire.

« Charlotte, tu m’a dit que tu avais huit ans. Moi, à cette époque, j’avais six ans et demi. C’était en décembre 1956, pour être précis. Tu te rends compte, cela fait 64 ans ! A cette époque, beaucoup de gens étaient très pauvres, n’ayant pas grand chose à manger et encore moins pour se vêtir chaudement. Je me souviens que cet hiver, il faisait tellement froid qu’à l’école, dans les salles de classe nous étions tous en rond autour d’un vieux poêle à charbon qui ne chauffait pas grand chose, et durant les récréations, on nous donnait un grand bol de lait chaud sucré. Dehors, tout était gelé, et je me souviens qu’avec mes copains durant les récréations, nous faisions des glissades sur les pavés gelés de la cour. Qu’est-ce qu’il faisait froid !

Un jour, un peu avant Noël, en allant à l’école, je vis les pompiers qui essayaient d’éteindre un feu de cheminée. Hélas, ils avaient beaucoup de peine parce que l’eau dans leur citerne était gelée. La maison a failli brûler en totalité à cause de cette eau gelée qui ne servait à rien. Les pauvres pompiers possédaient un vieux camion datant d’avant guerre qui n’était pas équipé pour ce froid si violent. Le soir, après l’école, je pris une feuille de papier pour écrire au Père Noël et je lui demandais un camion de pompier tout neuf comme cadeau à Noël. Je le priais de m’envoyer le même que celui vu sur une publicité dans la boutique de l’épicerie de mon quartier. Comme ça, s’il y avait un feu de cheminée chez mes parents, avec ce camion tout neuf, je pourrais l’éteindre sans difficulté ! Quand on est tout petit, on fait de drôles de rêves, des rêves d’enfant… Je donnais ma lettre à ma mère pour qu’elle la mette à la poste. Et, je me mis à attendre le jour de Noël avec impatience, étant persuadé que le Père Noël m’offrirait mon camion de pompier rouge tout neuf, celui qui ne craignait pas le gel.

Ce matin de Noël, avec mes frères, nous courûmes vers nos godillots au pied du sapin. Pour moi, il y avait un cadeau. Qu’il était beau ce cadeau avec son papier doré ! Pas très gros, mais certainement suffisamment pour tenir un camion de pompier neuf qui ne craignait pas le gel. Je défis le papier avec précaution pour le conserver précieusement. Qu’il était beau ce papier doré avec dessinés dessus des sapins et des maisons du Père Noël ! Sous le papier, il y avait un carton. Il était bizarre ce carton. D’une seule couleur, marron-beige, sans dessin de camion de pompier, ni aucune lettre. Je l’ouvris doucement pour ne pas casser mon beau camion rouge. Surtout le feu clignotant sur le toit de la cabine du conducteur et l’échelle qui n’étaient pas aussi solides que le reste du camion.

A l’intérieur du carton, pas de camion de pompier. Seulement une paire de pantoufles et une mandarine. Elles étaient belles ces pantoufles, de couleur rouge avec une semelle blanche. Mais, avec elles, je ne pourrais pas éteindre le prochain feu de cheminée… Éclatant en sanglots, ma mère me prit dans ses bras et me dit : « Tu sais, cette année il y a tellement de petits enfants qui ont très froid que le Père Noël a préféré offrir des pantoufles bien chaudes à tous les enfants du monde. L’année prochaine, il fera moins froid, il pensera certainement à ton camion de pompier ».

  • Elle est triste ton histoire, Monsieur. Moi, j’ai toujours eu les cadeaux que j’avais demandés.
  • Et, demanda la mère de Charlotte, vous l’avez eu l’année suivante votre camion de pompier ?
  • Je ne sais pas. Je ne parviens pas à me souvenir si je l’ai eu ou pas. C’est pour cela que j’étais triste : c’est la seule souvenance de période de Noël de mon enfance dont je me souviens avec une précision incroyable, mais je ne parviens pas à me souvenir si ce camion de pompier a vraiment existé ou si ce n’était qu’un des nombreux rêves d’une enfance nécessiteuse.

Si un jour, vous passez dans n’importe quelle grande ville de France, vous trouverez certainement un quartier que l’on appelait au temps des rois, le Ruage du Guef. Là-bas, subsistaient des coupe-jarrets en tout genre, qui de nos jours, se sont transformés en marchands de rêves inachevés…

Le vieil homme et l’ennui

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Tout doucement, comme si rien ne devait être bousculé dans l’ordre établi depuis des millénaires, le Sagittaire se fondait sur la constellation du Scorpion, l’enveloppant de son aura violacée. Usant de délicatesse, le maître de sagesse étendit son voile de plénitude sans crainte de contrarier la sensibilité soupçonneuse de l’obscur seigneur de l’ombre. L’été touchait à sa fin, offrant sa dominance astrale à l’automne creusois.

Le vieil homme, tout en songeant à ce qu’il devrait effectuer durant les heures à venir, se leva et décrocha le téléphone pour entendre le bip-bip de la tonalité. « Oui, tout allait bien, la ligne n’était pas en dérangement. Ainsi, ils pourront me joindre ».

Retournant s’asseoir, il se remit dans ses pensées… Retourner rapidement le jardin, mais auparavant, réparer ce manche de bêche fendu ; ramasser les pommes dans le verger du pauvre Maurice bien handicapé par son arthrite grandissante ; casser du petit bois à l’avance, comme à l’accoutumée en cette période de première fraîcheur ; éplucher quelques racines pour la soupe de ce soir, même qu’il pourrait leur joindre un oignon ou deux ; tirer la couverture sur le lit conjugal, car elle n’aimait pas qu’il ne soit pas fait… Et puis encore ? Ah oui, la vaisselle, et aussi appeler son fils pour lui dire… Mais à quoi bon, il n’avait pas donné signe de vie depuis plus de dix ans. Pourtant, cela serait bien qu’il sache. Qu’il sache quoi ? Que son père a besoin de son aide ? Non, il ne faisait pas partie de ces vieux qui demandaient assistance. Ah ! Il allait oublier ! Il y avait ce rendez-vous avec le banquier. Enfin, exactement, sa banquière ! Drôle d’énergumène cette femelle ! Imbue de son pouvoir d’obstruction au devenir de beaucoup, elle se pavanait derrière un code établi depuis la nuit des temps : l’amour n’est que fanfaronnade des inconscients, seul l’argent est signe de richesse des pragmatiques…

Tout doucement, comme si rien ne devait être bousculé dans l’ordre établi depuis des millénaires, le Sagittaire ceignait de son sein violacé celui qui, par ses fantasmes fous, engendrait les conflits éternels si chers à la multitude innocente. Après, viendrait le temps de l’incertitude, celle qui se satisfait de l’improvisation saturnienne. L’été touchait à sa fin, ouvrant sa porte au Capricorne.

Lourdement, le vieil homme s’extirpa de son fauteuil pour vérifier à nouveau si le téléphone fonctionnait toujours. « Suis-je bête, se dit-il, à force de décrocher inutilement, personne ne pourra m’appeler ».

Retournant à ses pensées, il se demanda comment il allait occuper les jours à venir. Tout défilait dans sa tête, mais rien ne l’intéressait réellement dans l’immédiat. Que peut-on faire quand, comme lui et beaucoup d’autres, on arrivait seul au crépuscule de sa vie ? Ah… si son fils était là, à ses côtés, lui au moins le bousculerait, lui dirait ce qu’il y a de mieux à faire pour combler cet ennui qui allait lui tomber sur la tête. Mais, ce fils comprendrait-il la profonde détresse de son père, ce vieux qui n’était plus de ce siècle, et cela depuis la nuit des temps, ou presque ?

Tout doucement, comme si rien ne devait être bousculé dans l’ordre établi depuis des millénaires, le Capricorne envahit la constellation du Scorpion, l’enveloppant de sa violence outrancière. Culbutant la lune, il détrôna le Sagittaire, offrant ainsi à la Balance le choix de l’indifférence ou de la tristesse. L’été touchait à sa fin, s’effaçant devant la volupté de l’automne creusois.

– Allo, M. Laudin ? Ici le docteur Serpentaire de l’hôpital. Je suis navré, votre épouse vient de décéder il y a dix minutes. Toutes mes condoléances.

Tout doucement, comme cela devait être écrit depuis des millénaires pour la multitude innocente, le vieil homme s’assit sur une chaise rougeaude de lassitude, considéra l’amplitude des tâches qu’il devra désormais assumer seul, et se dit : « à quoi bon ? »

Phil’Pa, l’homme qui chapardait les étoiles pour illuminer le ciel

Lors d’un barbecue nocturne chez un couple d’amis auvergnats, un tout petit bambin de trois ans demanda à son père pourquoi il y avait des étoiles dans le ciel ! Des étoiles ? Pourquoi il y a des étoiles dans le ciel ? Et bien, parce que… ». Devant le désarroi du père face à une telle question, je déclarais au gamin : « Tu sais, c’est une très longue histoire, seulement connue par les grands-pères. Le tien ne te l’a pas racontée ? ». Ce à quoi le petit garçon me répondit : « Tu sais, mon Papy, il habite trop loin, il peut pas me la raconter. Mais toi, tu la sais peut-être ? » L’ayant fait asseoir sur les genoux de son père, je lui expliquai pourquoi il y avait des étoiles dans le ciel depuis un certain soir…

Tu ne sais pas, lui déclarai-je, mais avant, il n’y avait pas d’étoiles dans le ciel ! Oh, c’était il y a très longtemps, mais alors très-très longtemps, tellement longtemps qu’à cette époque, il n’y avait pas d’électricité dans les maisons et encore moins de smartphone comme celui avec lequel tu t’amuses. Même que le soir dans les maisons, pour y voir clair, il fallait allumer des chandelles ou se mettre devant le feu de la cheminée en hiver. Et dehors la nuit, tu aurais vu dehors ! C’était tout noir comme dans la cave de ta maison, sauf quand Dame Gealach éclairait le ciel. Regarde, ce soir, elle est là au-dessus de ta tête, bien ronde et bien brillante.

Le petit garçon leva la tête, et s’exclama : « Mais, c’est la lune, c’est pas la dame Gealach comme tu dis ! » Mais si, lui répondis-je, la lune s’appelle ainsi, comme toi tu t’appelles Sorene. Elle se nomme comme ça parce qu’elle règne sur les nuits des Mille Mondes. Elle les éclaire à tour de rôle, chacun après l’autre. Ce soir, tu as de la chance, elle est ici. Demain, elle sera repartie illuminer un autre monde, et puis un autre, et encore un autre, et encore beaucoup d’autres avant qu’elle ne revienne ici. Donc, quand Dame Gealach n’était pas au-dessus d’un monde, la nuit était sombre, noire comme du charbon. Dehors, les gens ne sortaient pas de peur de se perdre dans la nuit. Les animaux, eux aussi, restaient cachés dans leurs maisons.

« Tu racontes n’importe quoi, s’exclama le petit garçon, les animaux n’ont pas de maison, ils vivent dans les bois ! Quand on va se promener dans les bois avec papa et maman, on n’a jamais vu des maisons d’animaux ». C’est parce que vous vous promener le jour, lui répondis-je. Si, vous y alliez la nuit, tu verrais plein de maisons d’animaux. Tiens, un peu comme les maisons des Schtroumfs. Il y en a des rondes, des carrées, des grandes et des petites. Mais, le jour, tu ne peux pas les voir, car elles sont invisibles. Donc, tu te souviens que la nuit les gens et les animaux ne sortaient pas dehors tellement il faisait sombre. Sauf les chats et les renards ! Les chats, eux, voient la nuit pour attraper des souris. Les renards, sortent la nuit également, mais uniquement pour manger les chats !

Une nuit très noire, un petit garçon qui s’appelait Sore’N, s’inquiétait pour son chat Atal’A qui était sorti chasser les souris à côté de l’étang en dessous de sa maison. Depuis quelques jours, les habitants du pays de Bar’S avaient vu des renards qui rodaient autour des maisons, et le petit garçon avait peur que son chat ne se fasse manger par le renard. Sans rien dire à son père Phil’Pa et à sa mère Nuele’Ma, il partit à la recherche de son chat. Mais, dehors, il faisait tellement sombre que le petit Sore’N se perdit. « Elle est triste ton histoire, l’interrompit le petit garçon. Je n’ai plus envie de l’écouter ». Tu n’as pas beaucoup de patience, lui rétorquai-je, ne t’avais-je pas dit que c’était une très longue histoire ? Si, n’est-ce pas, alors, écoute.

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Son papa Phil’Pa s’étant aperçu de la disparition de son fils, s’arma d’une pioche, et partit à sa recherche. Arrivé à l’étang, il vit qu’il était tout noir. Aussi noir que la nuit. « Pourvu que Sore’N ne soit pas tombé dedans, se disait-il ». Il décida d’allumer un grand feu. Ainsi, il pourrait voir au fond de l’étang. Hélas, la nuit était si noire, et l’étang si sombre, que le feu ne servait à rien, sauf à éclairer une grosse pierre blanche couchée au bord de l’étang. Désespéré, il s’assit sur la pierre en se disant qu’il ne retrouverait jamais son petit garçon.

Soudain, il entendit une voix grave qui demandait : « Qui a osé s’asseoir sur ma pierre toute blanche ? » Se levant de la pierre pour s’excuser, il découvrit une grosse araignée bleue, avec des poils verts de partout et deux énormes yeux violets. Lui ayant expliqué ce qu’il faisait ici, l’araignée, qui s’appelait Arane’Ea, lui dit qu’elle allait l’aider à retrouver le petit garçon et son chat. « Ne bouge pas d’ici, je vais aller chercher de l’aide, lui dit-elle. Fais seulement un plus grand feu avec des flammes aussi hautes que les arbres ». Phil’Pa ramassa toutes les branches mortes qu’il trouva et fit un énorme feu, tellement gigantesque que les gens de l’autre côté de la montagne se demandaient ce qui arrivait au pays de Bar’S. Le feu faisait tellement de tintamarre que Phil’Pa n’entendit pas tout de suite ce qui se passait derrière lui. Des centaines d’araignées bleues tissaient une immense toile d’araignée. « Comme celles qui sont dans la cave, demanda le petit garçon ? » Non, lui répondis-je, bien plus grosse, gigantesque ! Tiens, tu te souviens de la grande bâche noire qu’il y a sur le toit du hangar ? Et bien, la toile d’araignée était trois fois plus grande.

Pendant que les araignées travaillaient à leur toile géante, plus de mille lapins s’installèrent autour de l’étang et se mirent à souffler dessus. Tu aurais vu l’étang ! Petit à petit, il y eut des milliers de vagues, et sur chaque vague apparurent des milliards de scintillements. « Qu’est-ce que c’est des scintillements, demanda le garçon ? » Des petits reflets qui brillent et qui clignotent en dansant, lui expliquai-je. « Comme les étoiles dans le ciel, demanda le jeune Sorene ? » Oui, comme les étoiles dans le ciel. Mais, chut, écoute la suite…

La grosse araignée bleue, tu te souviens, celle qui était sous la pierre blanche, demanda à Phil’Pa d’attraper au vol tous les scintillements et de les poser au milieu de la toile d’araignée gigantesque. Comme il ne savait pas comment les attraper, l’araignée lui dit : « Tu fais comme les voleurs de pomme, tu les chapardes à toute vitesse ! » Phil’Pa se mit à l’ouvrage. Dès qu’une vague clignotait, il l’attrapait au vol et la jetait dans la toile. Bientôt, la toile fut tellement remplie de scintillements qu’elle traînait par terre. Alors, l’araignée Arane’Ea lui dit : « Avec ta pioche coupe ces fils, là, ceux qui sont attachés aux arbres ». D’un seul coup, l’immense toile d’araignée se souleva en gémissant de douleur, et envoya très loin dans le ciel tous les scintillements. Il y eut un grand craquement dans le ciel, comme un énorme coup de tonnerre qui dura longtemps, très longtemps. De partout, dans le pays de Bar’S, les gens furent pris d’une grande peur et partir se cacher dans leurs maisons.

Quand, ils n’entendirent plus aucun bruit, les gens de Bar’S sortirent doucement de leurs maisons. Et là, stupeur, ils virent que le ciel était rempli de milliers d’étoiles qui clignotaient dans le ciel ! Voilà, c’est comme ça que les étoiles sont nées et qu’elles sont toujours là dans le ciel.

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« Et le petit garçon et son chat, demanda le jeune bambin de trois ans, Phil’Pa les a retrouvés ? » Je crois bien lui répondis-je en souriant, ne t’appelles-tu pas Sorene et ton chat, ne se nomme t-il pas Atala ?…

Le retour !

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Bonjour à toutes et à tous.

Que dire ? Voilà plus d’un an que je n’avais pas mis un article sur ce blog ! Beaucoup ont dû se poser des questions. Déjà par le passé, il m’est arrivé d’être silencieux, mais jamais aussi longtemps.

Pourquoi ce long silence ? Les raisons en sont tout à la fois simples et multiples. La vie nous réserve parfois des farfelades bien plus cruelles que celles de ce bon vieux Guyr. Elle nous concocte parfois une mayonnaise démoniaque, mixture fantaisiste qui en laisse plus d’un étouffé par la folie de notre destinée !

Tout a commencé par le décès d’un ami cher. Puis deux, trois, quatre… pour parvenir au nombre de neuf en quatorze mois, dont une sœur et un frangin adorés. Comment supporter une telle avalanche funeste sans se poser cette question impérissable : pourquoi, mais pourquoi ?

Puis, un jour, à midi, sans me prévenir d’une quelconque façon, je suis tombé malade. Assez gravement. Cinq mois de galère à surmonter cette cochonnerie. Sans grande motivation, je dois l’avouer. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit, jouant au mec super costaud face à mes proches et à mon entourage, mais totalement anéanti à l’intérieur. Il m’a fallu plus de sept mois pour me remettre à peu près… Le pire fut le manque total d’anticipation, une absence totale de faire quoi que ce soit !

Ainsi va la vie ! Il y a peu, je me suis replongé dans mes paperasses, tout en décrassant ma boîte à pensées, et chassant toutes les araignées tentaculaires qui m’embrumaient l’esprit…

Un soir, étant invité à un barbecue, un enfant de trois ans demanda à son père pourquoi il y avait des étoiles dans le ciel. Ah, la question géniale ! Je ne me souviens pas si mes enfants m’ont posé cette question terrible ! Essayez d’expliquer à un gosse de trois ans pourquoi il y a des étoiles dans le ciel ! Devant le désarroi du père, je dis au bambin : « Tu sais, c’est une très longue histoire. Ton grand-père ne te l’a jamais racontée ? Tu devrais lui demander ». « Mais, tu sais que mon Papy, il habite trop loin, il peut pas me la raconter. Toi, tu la sais peut-être » .

Rentré chez moi, sans attendre, je bousculais mon ordinateur qui sommeillait depuis treize mois, et pour ce gentil petit chérubin, j’inventais d’un seul trait le conte de Phil’Pa du Pays de Barse, l’homme qui chapardait les étoiles pour allumer le ciel.

Ouf ! Sauvé ! L’envie d’écrire m’était revenue !

A bientôt, amis lecteurs. Ce soir, faites la fête, buvez un bon verre à ma santé ! Ne vous gênez surtout pas. Une résurrection, voilà un événement qui s’arrose copieusement !!!

Guyrault