Picoti-Picota ou l’Histoire d’une Poule Solognote – N°6

Aller, hop ! C’est parti pour le sixième épisode de la saga de « Picoti-Picota ou l’Histoire d’une Poulette Solognote ». Vous vous souvenez, c’est la grève dans la maison des poules. Les journalistes du ‘’canard’’ du coin enquêtent sur e mouvement contestataire… Et vous, visiteurs de passage, pour apprécier le mordant de cette fable, reportez-vous aux précédents épisodes (N°1 – N°2 – N°3 – etc.). Bonne lecture. Catelin Renarth.

♥ 

Nous remerciâmes Cocotte, en nous disant que, finalement, elles avaient une bien drôle de vie nos poules solognotes ! Le lendemain, ne trouvant Cocotte, nous nous dirigeâmes vers l’âne Gaston. Il s’arrêta de déguster les hortensias et nous dit :

  • Pardonnez-moi, ce n’est pas très poli de parler la bouche pleine. Le temps de finir cette bouchée et je suis à vous.

Avez-vous déjà entendu un âne parler le langage des hommes, nous jamais. Pourtant ce n’est pas de l’entendre parler qui nous stupéfia le plus, non, ce qui nous surprit, c’est qu’il parlait avec l’accent du midi ! Sa voix était chaude, rocailleuse et chantante, on aurait cru Fernandel en train de nous raconter une partie de pétanque !…

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  • Ainsi, c’est vous les journaleux qui voulaient défendre la cause des poules ? Peuchère, vous êtes comme nous, les ânes de Provence, durs à la besogne ! Comme on dit par chez moi, « bësogno com n’anos ». Je suis né à Joucas, à côté de Gordo, Gordes si vous préférez. D’ailleurs, c’est à Gordo que Monsieur Norbert est venu me chercher. Je n’avais pas un an, encore « gas ».
  • Dites-nous, la Provence ce n’est pas à côté de la Sologne, lui demanda un journaliste. Vous êtes venu comment à pied ou en charrette ?
  • Ah ! Je vois que monsieur a de l’humour, j’aime bien, cela me rappelle Monsieur Norbert. Lui aussi, il aimait bien plaisanter, et puis, il avait de l’esprit, pas comme sa femme. On dit bête comme un âne, on ferait mieux de dire stupide comme la Germaine !
  • Vous semblez bien l’apprécier votre Monsieur Norbert. Et le regretter également ?
  • Pour sûr, mon brave monsieur, c’était quelqu’un de bien, et un travailleur encore un plus. Pas comme cette folasse… Bien que du vivant de Monsieur, elle n’était pas comme ça. Et puis, lui, il n’aurait jamais permis que l’on donne du homard aux poules, aux chats peut-être, et encore ! Et le rhum ? En donner aux chiens ? Lui, Monsieur Norbert, il m’en donnait en hiver pour me donner du cœur à l’ouvrage : « Aller, Gaston, avale ça. Tu verras, tu ne sentiras plus le froid. Eh ! Doucement ! N’en bois pas trop, sinon la Germaine, elle va encore me dire que je picole trop, en voyant les zigzags que tu fais !».
  • Vous m’avez dit qu’il était travailleur. Qu’est-ce que vous faisiez avant ?
  • Mais tout, monsieur, tout ! On allait chercher du bois, on labourait les champs, on portait du grain aux poules. Du bon grain, bien de chez nous. Les poules, elles étaient contentes quand elles entendaient la charrette qui arrivait. Des fois, on partait au village ensemble. Il me mettait le bât et au trot ! Ah ! Nous avions fière allure tous les deux. Les gens du village le moquaient un peu : « Oh ! Norbert, tu as sorti Rossinante ? Et, où que tu vas de si bon train ? A la messe de Noël ? Si c’est le cas, t’as oublié le bœuf ! ».Lui, il s’en fichait et il répondait : « Oh ! Les bouseux de Sologne, vous feriez mieux de vous occuper d’agrainer vos chasses. Parce que pendant que vous fainéantez, et bien, vos faisans viennent chez moi. La Germaine et moi, on se régale bien en pensant à vos fainéantises ! ». Ah ! C’était le bon temps. Maintenant, c’est un peu triste. Je ne fais plus rien. La retraite, ça a du bon, mais quand on œuvre un peu. La patronne, elle trouve que je ne dois plus travailler : « Il est trop vieux le Gaston, qu’elle dit, et plein de douleurs. Le Norbert, il l’a trop fait travailler.  Il faut qu’il se repose et que je le soigne.»
  • Alors, elle vous bichonne ?
  • Ce n’est pas le mot exact. Avant, Monsieur Norbert, d’accord il était dur au travail, mais il me donnait des salades, des carottes, des croûtons de pain. Maintenant, si je veux mettre un peu de douceur dans mon quotidien, je suis contraint de manger les fleurs du jardin. Ce n’est pas que ce soit excellent, mais c’est nettement meilleur que l’herbe sèche de Sologne. Et puis, ça me rappelle un peu la Provence et ses senteurs.
  • Et si vous me parliez des poules et de leur grève ?
  • Peuchère ! Les poules, rien que des caqueteuses et des commères. Vous les avez vues ? Toute la journée à se promener en jacassant. On se croirait au marché aux melons de Cavaillon ! « Il est beau, il est beau mon œuf !  Eh, la petite dame, elle a vu le jaune de mon œuf ? Ah, c’est pas à l’hyper du coin qu’elle en verra des comme ça !  Et sa forme, hein ? Vous l’avez vu sa forme ? Dépêchez-vous, parce que maintenant avec l’importation vous n’en verrez plus des comme ça. Oui, mon beau môssieur, il est bio mon œuf, même que chez moi, il est garanti 100% Omega 3 !  C’est qu’on les choit nos œufs chez nous, c’est pas comme ceux que vous achetez au super marché. Té ! Soupèse le mon œuf, il est plein de vitamines.  Comment ? Trop cher ? Mais, écoutez-moi le ce parpaillot du dimanche, ce fainéant de la ville. Eh, le fonctionnaire, tu crois qu’on le fait comment notre œuf ? Les 35 heures, nous à la campagne, on ne sait pas ce que c’est ! »Tiens, tout cela me rappelle une histoire. Je peux vous la raconter ?
  • Si vous voulez, nous pourront la publier ?
  • Si vous voulez, c’est une histoire de poules. Ça se passe dans un poulailler belge. Il y a une poule bien dodue qui enseigne à sa douzaine de poussins comment se comporter dans la vie : « Mes enfants, méfiez-vous des coqs ! Pour la plupart, ils sont égoïstes, menteurs et fanfarons. Tenez, si vous en voyez un avec une crête rouge Ferrari, c’est un flambeur, avec lui, vous n’aurez aucun plaisir. Si, vous en voyez un avec la crête rose, méfiez-vous en énormément, celui-ci vous promettra une vie meilleure. Si vous en voyez un avec la crête flasque, alors là, danger ! c’est un pervers… Sur ces entrefaites arrive un petit coq, droit comme un i, la poitrine gonflée, la crête en forme de tricorne, et qui dit à la poule : « Eh toi, la poule bavarde au lieu de caqueter des niaiseries de bonne sœur à ta marmaille, tu ferais mieux de lui expliquer comment on fait un œuf cocotte ». « Ah, oui, c’est pas bête, répondit la poule. C’est très simple mes petiots. Pour faire un œuf cocotte, au moment de pousser pour que votre œuf sorte, vous dites côcôôt ».Elle est bonne, hein ?

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Devant nos mines déconfites, Gaston nous déclara :

  • Oui, d’accord, elle est un peu lourde. Mais que voulez-vous, c’est une histoire que les ânes belges se racontent entre eux…
  • Et Madame Germaine, qu’en pensez-vous ? La façon de soigner ses animaux, ce n’est par ordinaire, voire très particulier, n’est-ce pas ?
  • Vous savez, ce que j’en pense moi, ça n’a guère d’importance. Bon. Je suis bien chagriné par cette histoire d’œuf et de lait de poule. Mais franchement, monsieur, je ne vais pas cracher dessus. C’est vrai que le rhum pour les chiens, c’est un peu exagéré. Mais tous, ils n’ont pas à se plaindre, elle leur donne à manger, alors que moi, il faut que je me débrouille seul. Et puis, tenez, vous les hommes, qu’est-ce que vous manger comme saloperies ! Des légumes d’origine garantie malsaine, des OGM que vous appelez dans votre langage savant. Aussi du bœuf aux hormones, du mouton cloné, du cheval vieux de trente ans. Il paraît même que dans certains pays, les gens mangent du saucisson d’âne. Les pauvres, je les plains, ça doit être dur à mâcher, carnes comme nous sommes nous les ânes…

Âne n’est pas celui que l’on pense, pensions-nous intérieurement. Nous le remerciâmes chaleureusement, quand il nous interpella à nouveau.

  • Eh ! Messieurs, s’il vous plait.
  • Oui, vous vouliez me dire encore quelque chose ?
  • Oh, juste un détail. Ne vous inquiétez pas pour la poule. C’est une jeunette, et comme toutes les jeunettes, elle est un peu cocotte, coquette si vous préférez. Il faut qu’elle fasse son cinéma, qu’elle se pomponne, qu’elle se fasse prier … Une poule coquette, que je vous dis. Vous verrez qu’elle le fera son œuf, et qu’après, elle fera sa mijaurée. Je les connais, moi, ces poulettes, toutes des gourgandines…

 A suivre…

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