Le Pays des Mille et Mille Mondes – N°3 : Le Grand Déséquilibre

Lecteurs assidus, vous qui suivez les écrits du Guyr, le Maître des Rêves, vous serez heureux de trouver ci-dessous un nouvel épisode du Pays des Mille et Mille Mondes. Souvenez-vous : lors du précédent épisode (N°2), un cataclysme s’abat sur le Pays des Tout-en-Bas. Araw le Divin convoque les Sept Merveilles pour enrailler cette catastrophe. Hélas, elles sont dispersées dans les Mille et Mille Mondes, et personne ne sait où elles sont… Déjà, le Marais du Doux Enchantement est la prise de Tien’Chu, le Grand Maître des Sombres Désespérances … Et vous, visiteurs de passage, pour tout connaître de ce conte, reportez-vous aux précédents épisodes (Le Pays des Mille et Mille Mondes – N°1 – N°2 – etc.). Bonne lecture à tous. Catelin Renarth.  

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Tout là-bas, au Pays des Tout-en-Bas, dans le petit village de Fèiouzè, les sept coups du vieux clocher se frayent difficilement un chemin dans le brouillard frileux qui recouvre les pauvres chaumières du bas du bourg, cahutes de torchis et de chaume. Dans cette haute Ardèche sauvage, situé à deux lieues de Sant Pèire Viala, le bourg s’accroche désespérément au ravin de Pommelas pour ne pas choir dans la Veyruègn qui serpente à ses pieds. Un peu partout, des branches cassées, des lauzes brisées des maisons du haut du village jonchent le sol bouseux du village. Au pied de l’église, la statue de Sainte Pétronille, recouverte de branchages brisés, pleure l’amertume de cette nuit effrayante.

Nuit diabolique ! Les vilains s’en souviendront, eux qui se prennent pour des affranchis, eux qui n’ont peur que du curé et du loup. Même que certains ont pensé que l’abbé avait soumis son âme aux démons ! Le vent avait soufflé à perdre haleine, s’incrustant dans tous les sous bois, bousculant sans égard à leur vieillerie les toitures des pauvres baraques de Fèiouzè, enlevant dans les airs dans une danse démoniaque les feuilles des charmilles, forçant ces misérables baliveaux  à courber la tête. Dieu, quelle nuit ! D’autres ont dit qu’ils entendirent le loup hurler aux recoins des baraques ! Ainsi, depuis des siècles, dans le pays du Rouleïre, tout là-bas, sur les plateaux ardéchois, les gens d’ici racontent à qui veut les écouter que le loup hante les nuits de tempête, hurlant sous les éteules, appelant les diables à la danse de l’ours succube, cavalant au milieu des bois, effrayant les âmes bennâtes du Fèiouzè.

Sieur Loup sourit. Il sait bien lui, que ce n’était pas lui. Il n’est pas fou, lui ! Par un temps pareil, il reste bien au chaud dans sa Chaumée. Messire Loup aime les soirs de tourmente. Il se plait à penser à ces sots de parsiens priant leurs dieux de les délivrer de la Bête. Et, ces simplets en entretiennent des dieux ! Il y a le dieu Goyan, celui qui protège des morsures de loup ! Le Fiur, quand à lui, protège les jeunes filles des coups de griffes, mais uniquement de celles du loup ! Attention ! Pour les griffes de chien ou de chats, les nigauds ne l’ont pas encore inventé ! Celui que Sieur Loup préfère est le Doinhyr. Il garantit qu’en le priant à chaque veille de pleine lune, on n’entendra pas le loup hurler la nuit suivante. Depuis des siècles, ces niais de bipèdes implorent, mais à chaque pleine lune, le hurlement du loup retentit !

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De partout, dans le village anéanti, on entendait des coups sourds, profonds, venant de nulle part. Pétris par la peur, les manants se saisirent de fourches crochues pour affronter le Vilain. De partout, du haut du bourg jusqu’à la Veyruègn, ce n’était que désolation. Aucune habitation n’avait eu le courage et la force de résister à cette danse macabre. Quelle ne fut pas la surprise des croquants en arrivant à la Chaumée du Rouleïre. Les volets grands ouverts et bien accrochés à leurs patères, offraient au promeneur une vision irréelle. L’intérieur brillait de mille feux.  Tout était ensorcellement de spectres lumineux oscillant au milieu d’ombres verdâtres et de vapeurs pourpres. Au centre de cet enfer rutilant, la flamme du gros cierge pascal du curé, chapardé dans l’église, se tordait dans tous les sens, dansant au rythme d’un blues louisianais. Mon Dieu, pensèrent les bigotes, le méchant célèbre sa nuit ! L’affreuse bête n’avait-elle pas fait trembler les lourdes cloches, affolant les rustauds du village qui, entendant ces grondements de colère, s’étaient cachés tout au-dessous des baruts de foin ? Même le bedot  du village avait fui, se terrant dans la tosne ! Sieur Loup qui entendait tout, qui voyait tout, qui comprenait tout, sourit… Qu’ils étaient godiches ces croquants de croire à ces balivernes ! Il en riait à gorge déployée. Finalement, n’était pas bête celui que l’on croyait ! Et plus il riait, plus les crédules tremblaient de peur. 

Soudain, le vent – réveillé par le hoquet des coups – se leva. D’un souffle quelque peu excédé par ces racontars de vieilles femmes, balaya le brouillard, dissipant les coups, les renvoyant dans le royaume de bigots – de cagotes apeurées. Le soleil, le maître à tous, s’étira, contempla la terre. Doucement, il déploya un bras à gauche, un autre à droite, inondant la campagne frileuse de sa chaleur. Sieur Loup sourit. Araw le Divin se moquait du monde des Tout-en-Bas lui aussi…

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Quelque part, là-bas, tout au fond du Grand Pays des Mille et Mille Mondes…

  • Gumala, l’as-tu entendu, demanda Dame Gealach ?
  • Oui, il a hurlé toute la nuit. Qu’est-ce que cela signifie ? D’habitude, le Rouleïre ne hurle pas les nuits de tempête.
  • Hélas, intervint une troisième voix féminine, ce n’est pas le Rouleïre qui est en cause, pour une fois, ce gredin est innocent ! 

Les deux déesses de la nuit se retournèrent vers celle qui venait de parler, Ameldia, celle que tout le monde appelait la Dame aux Loups, la Grande Prêtresse des Sages Discernements, l’une des Sept Merveilles.

  • Non, mes bonnes amies, ce n’est pas le Rouleïre qui a hurlé. Je viens de le voir, il m’a certifié que ce n’était pas lui.
  • Mais alors, qui, lui demandèrent les deux divinités nocturnes ? Qui peut hurler de détresse ainsi ?
  • C’est l’Agalon. J’en suis certaine, j’ai reconnu sa voix au travers de ces hurlements désespérés.
  • Qui donc ? L’Agalon, le Maître des Rêves, as-tu dit ? Mais, Ameldia, il est décédé depuis des lunes et des lunes ! Au Pays de Luth, il ne se passe pas un jour sans que le vieux Claude le Grilh ne pleure la disparition du Guyr. Ce ne peut être lui !
  • Si ce n’est le Rouleïre, ni l’Agalon, qu’est-ce que cela signifie ? Qu’arrive-t-il ? Qui peut nous le dire ?
  • Le Grand Déséquilibre, s’écria une voix fluette, voilà ce qui arrive ! La Grande Désolation, comme annoncée par la prophétie ! Déjà, le Grand Souffle de Tien’Chu commence à ravager le Pays des Tout-en-Bas ! 

Se retournant vers celle qui venait de parler, elles virent Eisabeuth, la Mère des Cent Douze Quiétudes, accompagnée des autres membres du Conseil Suprême des Sept Merveilles et d’Araw le Divin. Une foule dense lui suivait, toute émerveillée d’apercevoir les Sept Icônes toutes réunies. Pour tous les habitants du Pays du Grand Imaginaire, c’était la première fois qu’ils les voyaient ! De mémoire de lutins et d’elfes, jamais les Sept Merveilles ne s’étaient rassemblées ainsi.

Bernard le Grilh, celui qui avait sauvé le Père Noël il y a des milliers de lunes, se souvenait d’une légende que son arrière-grand-père lui avait contée, qui lui la tenait également de son arrière-grand-père. Le vieillard lui avait dit, qu’en ces temps-là, le Grand Pays des Mille et Mille Mondes n’existait pas comme nous le connaissons aujourd’hui. C’était un immense draumur où seul vivait l’Agalon. « Un draumur, qu’est-ce donc, avait demandé le jeune Grilh ? » Un mafarki, lui avait répondu le vieillard. C’est un songe qui n’en finit pas. En ces périodes inconcevables, l’esprit de l’Agalon parcourait le cosmos vierge de toutes mansuétudes et de tous maléfices. Un jour ou une nuit, nul ne le sait, un simple mafarki lui apparût. Puis, un autre, et encore un autre, et encore un autre, puis encore un autre, et encore un autre. Sept mafarkis tous de conceptions différentes, lui apparurent. Il y avait le bentuk matériel, le bentuk aérien, le bentuk limpide, le bentuk cohérent, le bentuk opalescent, le bentuk ténébreux et le bentuk féérique.

Ainsi, furent créées les Sept Merveilles : Ameldia, la Dame aux Loup, la Grande Prêtresse des Sages Discernements – Eisabeuth, la Mère des Cent Douze Quiétudes – Dame Benaise, la Sage des Doux Enchantements – Kalia, la Grande Prêtresse des Vastes Compréhensions – Muzam’Tsïou, la Divine des Songes Harmonieux – Ralik’Jiu, la Dame des Obscurités Passagères et Ronschatinaca, la Déesse des Pouvoirs Intemporels. Plusieurs lunes plus tard, toutes unies dans la même espérance, elles engendrèrent un autre draumur : le Grand Pays des Mille et Mille Mondes. Et, pour réussir le Grand Equilibre, elles demandèrent à l’Agalon de concevoir un tãra, celui qui rassemble les imaginaires. Elles l’appelèrent Araw le Divin, le Grand Maître du Monde des Tout-en-Haut.

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  • Il était grand temps que tu nous appelles, Araw, déclara Muzam’Tsïou. D’après ce que nous a dit Maître Gravnarh, Tien’Chu le Puissant Maître des Sombres Désespérances s’applique à détruire la Grande Équilibre. Que comptes-tu faire pour enrailler ce fléau ?
  • Hélas, si je vous ai toutes convoquées, c’est que justement, je n’en ai aucune idée ! Seules vous, les Sept Merveilles, possédez le pouvoir de l’affronter. Je ne suis que l’administrateur de vos volontés, mes pouvoirs s’arrêtant là.
  • Qu’importe la Genèse de la Grande Équilibre, intervint Dame Benaise, jamais Tien’Chu ne parviendra à la détruire. Non, ce qu’il veut conquérir, c’est le Pays de Au’s-Land.
  • Qu’est-ce qui te fait penser à cela, lui demanda Ralik’Jiu ? Mes pensées obscures s’orientent vers la destruction totale du Grand Imaginaire.
  • Ce n’est qu’un voile qui cache son dessein final, lui répondit Kalia, la Grande Prêtresse des Vastes Compréhensions. En réalité, il veut détruire le cœur des Tout-en-Bas et tout ce qui s’y ramifie.
  • Luceina, s’exclama Dame Benaise ! Il veut la tuer ! Voilà pourquoi le Souffle de Gravnarh s’attardait sur ma demeure ! Pour la prévenir du danger ! Mes sœurs, c’est urgent, il nous faut aller là-bas tout de suite avant que Tien’Chu ne l’atteigne, sinon, c’en est fini du Pays des Tout-en-Bas !
  • Surtout, n’y courrez pas mesdames, intervint une voix caverneuse. Tien’Chu n’attend que votre venue pour détruire la Grande Équilibre. Il vous faut patienter, l’Agalon veille sur les Mille et Mille Mondes.

Surpris par cette intervention sépulcrale dans leur Conseil, les Sept Merveilles se retournèrent vers celui qui venait de parler. Il était petit, infiniment petit, encore plus minuscule qu’un Grilh. Le mangga’gahstah, le magicien en langage imaginaire, appuyait son corps frêle sur une canne de bois noueux tout en lançant des éclairs sur la Grande Assemblée. Sa tête, recouverte d’un chapeau à écailles de poisson-chat, changeait d’apparence à chaque mouvement. Au fur et à mesure de ses mimiques, son visage se transformait en miroir à multi facettes, reflétant les effigies de chaque membre du Haut Conseil. Émerveillée, mais surtout abasourdie par un tel prodige, la populace découvrait les doubles des Sept Merveilles et d’Araw le Divin. Puis, un nuage sombre enveloppa le thaumaturge des pieds à la tête. Doucement, le voile se dissipa, se disloquant en une multitude de perles de chimères à tête de bouc et à queue de serpent qui se mirent à tourbillonner dans tous les sens en crachant du feu, pour finalement laisser apparaître un spectre. Offrant aux regards stupéfaits de tous, le farfadet étendit au dessus du Haut Conseil un paysage cataclysmique de feu et de cendres. Un gouffre de terre  enflammée absorbait lentement le Pays des Tout-en-Bas, avalant dans son antre bouillonnante tout ce qui vivait dans le Pays de Au’s-Land. Le cauchemar dura des heures et des heures ! Tous étaient figés de crainte devant la puissance de Tien’Chu, le puissant Maître des Sombres Désespérances, voyant déjà disparaître dans l’abysse satanique les Mille et Mille Mondes, ne laissant émerger de cet anéantissement qu’un immense magma de roches brisées.

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  • Par tous les trolls des Grands Intemporels, s’écria Ronschatinaca, que nous montres-tu là, Vénérable Tukang’Sulap ? Jamais, l’Agalon  n’a écrit sur la Pierre de la Connaissance que la puissance du Maître des Obscures Destinées soit si forte ! Ta magie aurait-elle compris qu’avec la disparition du Maître des Rêves, Tien’ Chu deviendrait invincible ?
  • N’aie crainte, Douce Ronschatinaca, lui répondit le mangga’gahstah, je viens de vous dire que l’Agalon veille. Ce spectre n’est qu’une image qu’il m’a prié de vous transmettre !  A vous tous ici présents, à vous Divines Sept Merveilles, à toi Araw le Divin, à vous peuple du Grand Imaginaire, je dois vous chuchoter  une besogne que je suis le seul à connaître. Regardez, écoutez, et que Gravnarh le Maître des Souffles Ténébreux se fasse votre ambassadeur, de partout où l’âme de l’Agalon existe toujours et toujours !
  • Mais, comment cela est-ce possible, s’écria Gumala la Prêtresse des Nuits San Fin ? Le Maître des Rêves est décédé depuis des lunes et des lunes ! Comment peux-tu nous affirmer que le Maître des Rêves est vivant ?
  • Ecoutez et voyez, ai-je dit ! 

Frappant le sol avec sa canne, il fit apparaître un autre nuage qui l’enveloppa comme le premier. Doucement, comme précédemment, le voile se dissipa, laissant apparaître le Maître des Rêves marchant calmement dans le Sombre Pays des Grandes Énigmes. Puis, la voix de l’Agalon, basse et harmonieuse,  envahit l’atmosphère : « N’ayez aucune crainte de Tien’Chu, il n’est rien d’autre que l’esprit fétide des Tout-en-Bas ! Nul ne peut atteindre le Grand Pays des Grands Imaginaires qui vit grâce à ma pensée et qui vivra éternellement grâce à ma volonté. Cependant, il vous faut sauver le peuple des Tout-en-Bas, pauvres mortels emplis de démences. Vous tous présents dans les Mille et Mille Mondes, allez par les Contrées Douces de nos Mille et Mille Mondes, cherchez, cueillez et disséminez des boutons de roses sur tous les passages qui viennent du Monde Obscur, car, ELLE en aura besoin d’un pour retrouver le chemin ! Souvenez-vous, il n’en faut qu’un pour la sauver, mais, faut-il qu’il soit au bon endroit ! Allez ! Allez ! Allez ! » Le nuage s’estompa aussi doucement qu’il était apparût, laissant sa place à un draumur flou au milieu duquel apparût la silhouette d’une jeune fille émergeant de nulle part.

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  • Luceina, s’écria Benaise ! Serait-ce, elle, la Sauvée de la prophétie, l’Abandonnée du Pays des Tout-en-Bas ?

Tout là bas, au Pays de la Divine Fantaisie, Fouch’ de Mor, le grand sorcier du Pays des Froids Éternels discutait avec son ami le Rouleïre:

  • Dis-moi, ne m’avais-tu pas dit que le Guyr, là où il est, ne voulait plus écrire de contes imaginaires ? Ne m’avais-tu pas dit que les humains ne l’intéressaient plus ?
  • Tu sais, lui répondit Sieur Loup, quand tu contemples la bêtise qui règne sur ce monde, il y a de quoi raconter, même en étant dans l’Au-delà ! A ce propos, t’a-t-il raconté l’histoire des Bannis de Dieu ? Encore des parsiens qui croyaient au Diable ! Sacrés rigolos que ces humains ! Si tu veux, je te raconte l’histoire.
  • Pas maintenant, lui dit Fouch’ de Mor, nous devons d’abord préparer la suite pour la mettre sur le Net.
  • Quelle suite, demanda le Rouleïre ?
  • Celle de la Grande Décrépitude, le numéro Quatre, l’Abandonnée du Pays des Tout-en-Bas.
  • Aucun intérêt, répondit sarcastiquement Sieur Loup, le Guyr ne parle pas de moi dans cet épisode !…

Le Pays des Mille et Mille Mondes – N°2 : le Grand Souffle

Le Pays des Mille et Mille Mondes ! La grande saga du Guyr ! « Catelin, as-tu déjà remarqué comme quoi les bouffonneries du genre humain sont sources de fantaisies de l’écriture, me disait-il un jour ? Avec un tel panel d’inepties, tu peux tout imaginer ! Ah, l’imaginaire !… Le grand imaginaire… Oui, mon ami, nous vivons dans le Pays des Grands Imaginaires ». Ainsi est née la saga des Mille et Mille Mondes.

Après ‘’La Grande Origine’’, voici ‘’Le Grand Souffle’’ que je publierai en deux épisodes. Après, suivront ‘’Le Grand Déséquilibre’’, puis ‘’Le Règne de l’Infâme Tien’Chu’’. Ce dernier précède ‘’l’Abandonnée des Tout-en-Bas’’ que Le Guyr avait mis en ligne sur le Creux du Sac.

La saga est longue. J’ai déjà recensé vingt cinq écrits racontant son Grand Imaginaire… Pour que tout le monde puisse s’y retrouver dans cet amas d’imaginaires, il m’a paru plus simple de les numéroter au fur et à mesure des parutions. Bonne lecture à toutes et à tous. Catelin Renarth.

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Ce jour-là, Vlatamöer, Maître du Temps et des Milles Incontournables, pestait tout ce qu’il savait ! Ce n’était que râleries, brailleries, vociférations contre les misérables créatures du Pays des Tout-en-Bas. Pour lui, fondateur de la Pensée Juste, il n’y avait pas d’autres alternatives que celle des Milles Incontournables ! Comment pouvait-il accepter, lui le Maître du Temps et des Mille Incontournables, que quelques-uns de ces pitoyables humains pouvaient se prévaloir du droit de la modifier ?  Lui faudrait-il concevoir que malgré tous ces millénaires écoulés à les éduquer, quelques-uns de ces minables bipèdes  enfreignent la Loi ? Jamais ! Jamais ! Jamais !

– Dis-moi, Hamaq, que lui arrive t’il ce matin au Grand Vlatamöer ?

– Je ne sais, puissant Araw. Personne ne peut l’approcher. Himluit, la Grande Prêtresse des Nuits Limpides a essayé de savoir le pourquoi de ses hurlements, sans résultat. Il n’a pas voulu la recevoir.

– Comment ? Il n’a pas voulu ouvrir sa porte à l’une des Dix-Sept Sages ?

– De même qu’à Rhalaïlade la Grande Divine des Sombres Incertitudes. Toi seul, puissant Araw, pourras certainement le raisonner.

Araw le Divin, Grand Maître du Monde des Tout-en-Haut, là où sont les Mille et Mille Pays, tout là bas, partout et nulle part, bien au delà du Pays Merveilleux, se dirigea vers la demeure du  Maître du Temps et des Milles Incontournables.

Ayant poussé sa porte, il le vit en train de brasser des papiers, en jeter certains au sol, en froisser d’autres, en secouer d’autres en vociférant. De partout régnait un désordre épouvantable. Les Grands Livres Sacrés des Temps Passés et Futurs jonchaient en vrac sur la table des Grands Incontournables, de même que les Mille Tablettes du Grand Immuable. Tout n’était que confusion et désolation. Jamais, Araw le Divin n’avait vu un tel effroi !

– Et bien, Vlatamöer mon ami, que t’arrive t’il ce matin ? Par tes cris, tu sèmes la désolation dans le Monde des Temps Ephémères.

– Oh ! Puissant Araw, salut à Toi. Je ne savais pas que ma colère avait franchi les Portes du Grand Imaginaire. J’en suis confus, mais hélas, le problème est grave, pire, catastrophique !

– A ce point ? Ne me dis pas que Agryrde le Maître des Rêves Farfelus t’a fait encore une blague, quelque soit son importance, elle ne mériterait pas un tel éclat.

– Oh non, Puissant Araw. Jusqu’à ce jour, il n’y a que cet ensorceleur de Fouch’ de Mor qui parvenait à me mettre en rogne. Mais, aujourd’hui, c’est beaucoup de plus grave, inimaginable, impensable, monstrueux !!

– Si cela est si grave, pourquoi ne m’en as tu  pas averti immédiatement ?

– J’allais le faire, juste après avoir calmé ma colère. Ecoute…

Araw le Divin, celui qui tous les jours éclairait de ses Mille Feux tous les Mille et Mille Mondes, qu’ils soient du Pays des Tout-en-Haut ou des Tout-en-Bas, mais aussi ceux du Pays des Grands Imaginaires ; Araw le Divin s’assit sur le bord de la table immense des Grandes Ambiguïtés et se mit à réfléchir. En effet, le problème était grave. Très grave même. De tous les Temps Ecoulés, jamais, il n’avait eu à résoudre un tel problème ! Le plus important qu’il avait eu à résoudre n’était que broutille à côté de celui de ce jour. De sa décision dépendait la stabilité de la Grande Équilibre !

– Vlatamöer, appelle Gravnarh le Maître des Souffles Ténébreux ! Qu’il convoque immédiatement une assemblée des Sept Merveilles, demain, ici dans le Pays des Mille et Mille Mondes !

– Les Sept Merveilles, puissant Araw ! Mais, nul ne sait où elles sont !

– C’est pourquoi, il faut que Gravnarh se serve de sa force pour les trouver où qu’elles soient. Son souffle se faufilera de partout, pénétrera chaque Monde, chaque recoin du Grand Univers. Que son souffle transporte mon appel, l’appel suprême d’Araw le Divin : j’ai besoin de leur aide, sinon la Grande Équilibre va s’écrouler !  Je n’ose songer au chaos qu’il régnerait alors… Vas, cours avertir Gravnarh, qu’il œuvre immédiatement et colporte mon message.

De partout, dans tous les Pays des Mille et Mille Mondes, la nouvelle s’incrusta dans tous les esprits : Araw le Divin, le Maître Suprême de la Grande Éternité, avait convoqué en assemblée extraordinaire les Sept Merveilles ! De partout, ce ne fut qu’effroi et peur. Qu’arrivait-il de si grave pour motiver une telle assemblée ? De mémoire de lutins et d’elfes, jamais les Sept Merveilles ne s’étaient rassemblées ainsi. Une légende affirmait que jadis, du temps de la Grande Création, et c’était il y avait des milliers et des milliers de lunes, elles étaient intervenues toutes ensemble. La légende parlait d’une histoire de pomme véreuse, mais nul ne savait vraiment… Tous se mirent à trembler et à frémir. Des milliers, des millions, des milliards de frémissement envahirent les Mille et Mille Pays des Mille et Mille Mondes, colportant l’appel du Puissant Araw, l’appel du Grand Maître de la Grande Éternité…

Et tout là bas, bien au deçà des confins du Sombre Pays de La Triste Désolation, oui tout là bas, bien au delà de l’abîme des Grandes Inquiétudes, les charognards de Tien’Chu, le Grand Maître des Sombres Désespérances, ricanaient de joie machiavélique.

A suivre…

Le Pays des Mille et Mille Mondes – N°1 : la Grande Origine

Souvent, je disais au Guyr qu’il faudrait qu’il nous parle de l’origine du Pays des Grands Imaginaires. « Le temps n’est pas venu, me disait-il, plus tard ». Pourtant, de nombreux lecteurs lui réclamaient cet espace du temps. De plus, je me sentais un peu frustré. J’étais son meilleur ami et c’est lui qui m’avait baptisé ‘’Fouch’ de Mor – le puissant sorcier’’. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que je suis né au pays des sorciers ! Fantaisie du Maître des Rêves… Personnellement, ça me faisait bien rigoler, et puis, c’était sympa de faire partie de ses écrits.

Dans tous les disques durs qu’il m’a légués, il y en au un qui porte la mention ‘’Grands Imaginaires’’.  Hier soir, j’ai regardé. La voici l’origine. En fait, c’est une étude primaire : en titre, il indique : « La Grande Origine – Essai – A revoir ». Comme je ne suis pas le Guyr, je ne vais pas m’amuser à la corriger. La voici, brute d’écriture, non datée. C.R.

La petite fille hésita. Etait-ce à droite ou à gauche ? Que tout cela était difficile ! Pourtant la mésange lui avait dit : « Tu suis le chemin des fleurs sur 2 km. Après, tu trouveras un carrefour, et là, tu prends à droite. Ensuite, tu suis le chemin de la rivière, puis, tu trouveras le carrefour du vieux chêne, et là, tu prends à gauche. Tu verras, à partir de ce moment, tout sera facile ». Elle avait fait comme la mésange lui avait expliqué : le chemin des fleurs, le premier carrefour à droite, et le chemin de la rivière. C’est là que ça devenait difficile. Le chemin à gauche était complètement recouvert de ronces. Elle ne pouvait pas passer. Il faut dire qu’avec ses petites jambes, elle ne pouvait les enjamber. Et puis, elle risquait de déchirer sa jolie robe fleurie que lui avait offert sa marraine. « C’est une robe magique, lui avait dit cette dernière. Tu ne dois la porter que les jours de lune rousse. Les autres jours, elle ne te servira à rien. Tu te souviendras ? Que les jours de lune rousse ».

Elle était allée voir son grand-père pour qu’il lui explique. C’est quoi la lune rousse ? Et pourquoi les jours de lune rousse ? La lune, elle n’apparaissait que la nuit. Elle ne comprenait rien à ce charabia. Le vieillard lui avait tout expliquer, en lui disant en plus : « Tu vois, la prochaine, c’est dans huit jours, le jour de la Sainte Catherine de Sienne. C’est un bon jour, celui ou la lune se mélange avec la terre. Et puis, c’est le jour de ta fête ». En l’écoutant, elle s’était souvenue que sa marraine lui avait dit une fois, que le jour où la lune se marie avec la terre, ce jour-là, les gens du Pays des Tout-en-Bas pourraient voir les Mille Mondes. Intriguée, elle s’était demandée ce que c’était ces Mille Mondes. Elle avait demandé à droite et à gauche, personne n’avait pu la renseigner. Finalement, elle avait posé la question à son grand-père : « Dis Grand-Père, c’est quoi les Mille Mondes ? ». Il lui avait répondu : « C’est une légende, petite ». « Une légende ? Qu’est-ce que c’est ? ». Alors le Vieux lui expliqua.

Tu vois, petite, quand moi je n’étais qu’un enfant comme toi, mon grand-père me racontait une histoire que son grand-père lui avait racontée quand il était petit. Tu comprends ? C’est une très vieille histoire, c’est une légende. Je ne m’en souviens plus très bien, mais, je vais essayer de t’expliquer. Les écrits anciens du Pays des Tout-en-Bas, tu sais, ceux qui sont gravés sur la Pierre de la Connaissance, racontent qu’il y a très longtemps Mille et Mille Mondes existaient au delà de l’intervalle. Ils disent même que notre Pays, celui des Tout-en-Bas, faisait partie de ces Mille et Mille Mondes. Malgré que la gravure de la Pierre de la Connaissance soit très usée, on peut lire qu’il y avait également dans ces Mille Mondes un monde magique : celui des Sept Merveilles.

En écoutant son grand-père, la petite fille nota un mot : magique, comme sa robe. Elle se promit de lui demander ce que voulait dire magique. Et puis, il y avait ce mot qu’elle ne connaissait pas : intervalle. Qu’est-ce que c’était ? Elle aimerait bien savoir. Apprendre, oui, ça serait bien, mais sa maman lui avait dit que c’était trop tôt, il lui fallait attendre ses six ans. Deux ans encore à attendre. Mais, elle, elle voulait tout savoir, maintenant !

Dis, petite, tu m’écoutes ou tu rêves ? Ah, je comprends. Tu veux savoir ce que veut dire magique et intervalle ?

Surprise, la petite fille regarda son grand-père. Elle n’avait pas parlé et voilà que son grand-père devinait ses pensées. C’est ça, ce que veut dire ce mot magique ? Décidément, tout cela était bien compliqué.

Magique, petite Catherine, c’est quand qu’elle que chose se produit sans que tu le veuilles. Tiens, imagines une plante fanée. Elle est desséchée, morte. Tu sais qu’elle va pourrir pour nourrir la terre de sa pourriture. Soudain, tu la vois se redresser, pousser à toute allure et fleurir. C’est magique. L’intervalle, c’est compliqué à t’expliquer, c’est comme un espace vide. Tiens, comme une immense clairière autour de laquelle, il y a des dizaines de chemins qui partent dans tous les sens. Comme celle du bois de l’étoile, si tu préfères. Oui, c’est ça, comme la clairière de l’étoile.

Maintenant, elle était au carrefour du vieux chêne devant cet amas de ronces qui l’empêchait de prendre le chemin de gauche. Comment faire ? Désemparée, elle s’assit au pied du vieux chêne pour réfléchir. Ah, si elle avait des ailes comme la mésange, ce serait magique ! Magique comme la plante fanée et comme sa robe. Sa robe magique ! Peut-être que sa robe fleurie n’avait pas peur des ronces ? Elle se leva, se dirigea lentement vers le roncier. Un bruissement se fit entendre d’un coup, les ronces se dressèrent pour former un immense tunnel. Heureuse, elle se faufila à l’intérieur. Au fur et à mesure qu’elle avançait des boutons de roses éclataient de partout formant une arche féerique. Soudain, elle perçut un bruit étrange. On aurait dit un milieu d’oiseaux qui voletaient dans tous les sens. Puis, au milieu de ce froufrou étrange, elle entendit une voix chanter : ‘’Que les roses sont belles. N’oublies jamais le chemin des roses, il te conduira là où tu veux aller, à l’Intervalle, puis au Pays des Mille Mondes’’.

Encouragée par le chant, elle franchit le tunnel et déboucha dans une immense clairière. Au milieu, une fontaine d’où jaillissait une eau bleu claire comme le ciel. Tout autour de la clairière, un nombre incalculable de tunnels. Certains étaient fleuris comme celui des roses, d’autres étaient composés de bois mort, d’autres d’épines, d’autres de buissons noir comme le charbon, d’autres de serpents qui se tordaient dans tous les sens, d’autres de gargouilles affreuses. Elle s’approcha de ceux qui étaient fleuris. Certains étaient en clématites de toutes les couleurs, d’autres étalaient des grappes de couleurs, d’autres étaient recouvertes de clochettes jaunes, d’autres d’étranges fleurs blanches où de millier d’oiseaux au long bec buvaient leur nectar. « Quel endroit bizarre, se dit-elle. Quel chemin dois-je prendre ? ». Assoiffée, elle se dirigea vers la fontaine, mis ses mains dans l’eau pour se désaltérer. Elle était délicieuse, avec un goût qu’elle ne connaissait pas. Avoir en avoir repris plusieurs fois, elle se sentit fatiguée. Elle remarqua un buisson de feuilles vertes cotonneuses où elle pourrait se reposer sans crainte. Une fois étendue, elle s’assoupit.

Catherine ! Catherine, réveilles-toi ! Allons, debout ! On t’attend, viens vite. Prends le chemin et viens.

Ouvrant les yeux, regardant autour d’elle, elle ne vit personne. Qui l’appelait ? Se levant, elle regarda partout. Personne ! Mais au fur et à mesure qu’elle tournait dans la clairière, à chaque entrée des chemins, une pancarte apparaissait. Il y avait là le chemin des Grandes Incertitudes, celui des Grandes Incompréhensions, celui de la Grande Miséricorde, celui de la Sombre Incohérence, celui de l’Amère Désuétude, celui des Fourbes Malédictions, celui de la Douce Obscurité, celui des Suaves Chuchotements, celui des Grandes Glaces, celui des Grands Frissons,  celui des Tout-en Bas, celui des Couloirs du Temps, celui des Grands Cauchemars, celui des Grands Maléfices, celui des Grands Enchantements, celui des Mondes Perdus… Il y en avait des centaines, des milliers ! Continuant son tour de clairière, elle s’arrêta soudain devant une pancarte étrange. Dessus était écrit ‘’Pays des Grands Vénérables’’. Trouvant le nom sympathique, elle voulut pénétrer dans le tunnel, quand un vieux frêne lui barra le passage. Une voix grave lui dit : « Tu ne peux pas, il faut avoir mille et mille ans pour entrer ici. Essaies plus loin, il y a un chemin pour les petites filles de quatre ans ». Continuant, elle arriva devant le chemin de la Douce Innocence. Au bout du tunnel, elle vit des centaines de bébés roses et joufflus. Elle se dit qu’ici, il y aurait certainement des mamans qui pourraient la renseigner. Au moment de franchir le seuil du tunnel, une orchidée géante lui déclara : « Tu ne peux pas, tu es trop vieille. Et puis, tu es déjà venue parmi nous, tu t’appelles Catherine. Ici, on ne peut venir qu’une fois. Mais comme je me souviens que tu étais gentille, je vais t’aider. Tu vois le tunnel tout noir, là-bas au fond de la clairière ? Prends le, il te mènera là où tu veux aller ».

Ayant remercié l’orchidée, la petite fille se dirigea vers le tunnel indiqué. Elle avait un peu peur, il était si lugubre, si sombre… Arrivée devant, elle s’arrêta effrayée. Au l’entrée du tunnel, couchée en travers du chemin, une louve blanche la regardait attentivement. Elle s’en approcha tout doucement, elle était si effrayante. La louve se leva. A ce moment la petite fille vit la pancarte à l’entrée du tunnel : ‘’Pays des Sept Merveilles’’. Elle sourit, enfin, elle était arrivée !

La louve se leva et lui dit : « Viens, je vais te faire découvrir le Pays des Grands Imaginaires, le Pays des Mille et Mille Mondes et celui qui l’a créé, le Maître des Rêves ».

Suivant la louve blanche qui lui dit s’appeler ‘’Dame aux loups’’, elle parvint dans un monde surprenant. Dans le ciel, il y avait deux lunes, la blonde et la rousse. Elles vinrent vers la petite fille et lui dirent : « Bonjour Catherine, je m’appelle Dame Gealach, je suis la reine de la nuit, et voici Bukang, la prêtresse des nuits rousses. Là-bas, le soleil que tu vois s’appelle Araw Le Divin, c’est lui qui dirige le Grand Intervalle de l’Espace Temps. Là, plus loin, sous le reflet de la Grande Obscurité, c’est Maan, l’étoile qui brille jour et nuit. Et là, en train de somnoler, c’est Gumala, la grande déesse des rêves. Là-bas, vers la cabane d’épines, c’est Maklevarh, le grand prêtre du Pays des Fourbes Malédictions. Quand il a su que tu arrivais, il est venu pour t’emmener vers Tien’Chu, le Grand Maître des Sombres Désespérances. Heureusement que le vieux chêne nous a prévenus, comme cela le Maître des Rêves a pu envoyer à ta rencontre la Dame aux Loups, sinon, tu n’aurais jamais pu rentrer chez toi. Tiens, à propos de Maître des Rêves, le voici. C’est lui, et lui seul qui va te faire visiter le Pays des Grands Imaginaires. Va avec lui, et n’aie crainte, il est gentil ».

La petite fille se dirigea vers l’homme qui venait vers elle. Il était grand et insolite. Il ressemblait à la fois à son grand-père, à sa mère, à son père et à sa marraine. En le regardant de plus près, elle s’aperçut qu’il ressemblait à tous ceux qu’elle aimait et même à ceux qu’elle n’appréciait pas trop. Parfois, il avait la tête de son chat ‘’Gribouille’’, une autre fois, elle croyait voir Emilie sa meilleure amie, une autre encore, elle avait cru voir Guillaume, le garçon qui lui piquait ses jouets, même qu’elle avait cru voir Monsieur Ménèche, le voisin qui lui faisait peur, et aussi Billy, son poisson rouge !

–  Bonjour Catherine, lui demanda t-il. As-tu fait bon voyage ?

– Oui, Monsieur. J’ai bien eu un peu peur à la clairière. Il y a tellement de chemins sinistres. J’avais peur de me perdre.

– Tu ne risquais rien, lui dit-il, j’étais avec toi.

– Pourtant, je ne vous ai jamais vu. Et puis, je ne pouvais pas vous appeler, je ne sais pas comment vous vous appeler.

– Dame Gealach te l’a dit, ici, je suis le Maître des Rêves. Dans ton pays, celui des Tout-en-Bas, on m’appelle Le Guyr, l’ami de ton grand-père Fouch’ de Mor.