Mademoiselle Cantate du Vaccarès et le bobo parisien

Je m’en souviens comme si c’était hier. Un soir de Février, le Guyr m’appelle. Me laissant à peine le temps de le saluer, il me déclare : 

  • Catelin, tu ne devineras jamais ce qui m’arrive.
  • Ah, je ne sais pas, tu as gagné au loto, que je lui réponds bêtement ?
  • Non ça, ce n’est pas possible, tu sais bien que je suis né un mauvais jour.
  • Je ne sais pas, ta voiture t’a lâché ?
  • C’est un scoop, j’ai une copine !
  • Aïe ! Tu ne supportes plus le célibat ?
  • Gagné ! Sauf que la copine en question ne fait pas à manger, ni le ménage et encore moins la vaisselle, qu’il me répond en riant. Tu es vraiment le roi des cons avec tes idées tordues, la copine, c’est une petite chienne que j’ai sortie de sa misère. 

Et là, il me raconte comment il l’a trouvée enfermée dans une cage grillagée d’un mètre cinquante sur un mètre cinquante, sans toit pour s’abriter, dans un état lamentable, quasiment sans fourrure, maigre à faire peur ; comment il a violenté son propriétaire pour l’arracher de sa géole…

Le Guyr et les chiens, c’était une très longue histoire d’amour. En clair, il ne pouvait s’en passer, et cela faisait plus d’un an qu’il n’en avait plus. Conclusion, cela devait le reprendre un jour ou l’autre. Ils sont devenus tellement inséparables que cela en devenait touchant. Mais là, je dois reconnaître que Cantate, c’est vraiment la reine des crèmes ! Imaginez un clown, avec plein de petites mimiques à vous faire pleurer de rire, le tout agrémenté d’énormément d’affection pour qui que ce soit. Une seule chose lui manquait : la parole ! Connaissant l’ami Guyr, c’était normal qu’un jour, il lui l’offre cette parole. Virtuellement, cela s’entend !

Voici le premier récit de Cantate paru sur le Creux du Sac. L’histoire qui suit est absolument authentique (vous allez rire), le tout avec l’esprit moqueur du Guyr en prime. Bonne lecture canine. Catelin Renarth.

♥ 

 Bonjour à toutes et à tous. Vous ne me connaissez pas, c’est le Guyr qui m’a demandé de vous raconter une petite histoire canine très rigolote. Mais, auparavant, il me paraît de bon aloi que je me présente. Ben oui, c’est bien de cette façon que vous procédez entre vous, vous les humains ?

Je m’appelle Cantate du Vaccarès et je suis la copine du Guyr. Oui, je sais, vous ne saviez pas qu’il avait une copine. Ça ne m’étonne guère, le vieux râleur, il cause, il cause, mais jamais des choses essentielles ! Je suis assez d’accord avec vous, c’est assez frustrant, mais nous, les jeunes filles de bonne famille, nous sommes habituées à supporter ce genre d’indélicatesse. C’est pas comme les chats, cette erreur de la nature… C’est vrai, pas délicat pour un sou ces bestioles ! Ça se roule de partout, sur les canapés, dans votre lit, sur votre table de toilette, même qu’il paraît qu’il y en a qui se vautrent sur les ordinateurs ! Je vous le dis franchement, aucune éducation ces bestioles ! Heureusement pour mon petit confort, chez le Guyr, il n’y en pas.

Qui suis-je ? Une adorable petite Springer de deux ans. Avant que le Guyr ne m’adopte, j’étais enfermée dans un chenil, mal nourrie et battue. Un peu chétive, vite essoufflée.  Maintenant, ça va mieux. Mais, je m’égare, que voulez-vous, c’est ma nature de Springer, tri-tri par-ci, fofolle par là. Faut bien que jeunesse se passe, comme disait ma grand-mère. Elle était sympa l’aïeule. Elle m’emmenait en promenade. Puis, un jour, un abruti de chasseur l’a tuée ! Sale race, comme mon ancien maître… Bref ! Où en étais-je ? Ah oui, ma petite histoire rigolote !

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Dimanche dernier, le Guyr a voulu que nous allions vagabonder en forêt, lui et moi. « Si nous allions dégourdir tes pattes, m’a-t-il demandé ? » Question stupide, c’est comme si vous me demandiez si un os me ferait plaisir ! Parfois, vous les humains, vous avez des questions stupides. Passons … Il rajoute : « Il y a un endroit que nous ne connaissons pas. Cinq à six kilomètres à pattes, ça te va, tu tiendras le coup ? » Il est comique mon Guyr ! Ce jour-là, je lui ai fait faire onze  kilomètres au vieux râleur. Crevé qu’il était le vieux. Me prendre pour le toutou à sa mémère, moi, une Springer ! Au cas où vous ne le sauriez pas, (ben oui, en France, il y a plus d’ignares que de gens savants), nous les Springer somment des chiens de chasse, c’est vous dire comme la marche à pieds c’est notre truc.

Nous nous promenions depuis une heure, quand le Guyr me siffle, mais pas comme d’habitude. Là, ça voulait dire stop ! J’aime bien quand il me siffle. En général, c’est parce qu’il a besoin de moi : pour aller se promener, pour jouer à la balle, pour me donner à manger, pour brosser ma fourrure… Je m’arrête d’un coup, me mettant en arrêt. Qu’est-ce que c’est ? Un lapin ? J’aime bien les lapins. Nous jouons au lièvre et à la tortue. Je n’ai pas encore gagné. Eh ! Je suis jeune encore, que deux ans, comme je vous l’indiquais précédemment.

Le Guyr me prend par le collier et me chuchote : « Douce, ma belle, ne fais pas de bruit, regarde là, à droite » Ouah ! Un splendide brocart, de mon âge à peu près. Il ne nous a pas senti. Il est à cinquante pattes de nous. Oui, nous les canins nous mesurons en pattes. Il faut dix pattes pour faire un mètre. Je vous laisse le soin de calculer … J’irai bien le saluer, hélas, c’est très peureux un jeune brocart. Il serait parti et le Guyr veut l’observer.

A ce moment arrive sur le chemin un beau spécimen de ‘’prend l’air de la ville’’. Vous savez, ces hommes genre bobo parigot. Notez que je n’ai rien contre, mais dans une forêt humide et boueuse de 6500 ha, avec son MP4, ça faisait un « je ne sais quoi », bref, sacrément inopportun dans la forêt solognote. En plus, pour satisfaire son égo, le prend l’air se promène avec un caniche. Encore une erreur de la nature cette bestiole, soit dit ente nous, c’est vrai, c’est pas un chien cette peluche frisée. C’est juste bon pour se vautrer sur le tapis du salon, comme les chats, mais pas du tout fait pour aller salir ses papattes à sa mémère dans la boue des forêts.

Il arrive contre le vent. Il ne nous a pas vus. De son côté, le chevreuil n’a toujours rien senti. Là, je me dis : « Sûr, qu’il va nous faire fuir le brocart. Ben oui, le pauvre va mourir de trouille en découvrant le bobo avec son erreur de la nature. Pauvre chevreuil, il n’est pas habitué à croiser de telles horreurs ». Pas manqué. A l’instant où cette pensée me pénètre l’esprit, le bobo marche sur une branche morte. Crac !

Le brocard lève la tête, fait une volte face et s’enfuit… en direction du prend l’air. Celui-ci apeuré, fait un saut de côté, se prend les pieds dans une ronce, et tombe dans un fossé rempli d’eau boueuse ! Son caniche, (vous allez voir comme c’est stupide ces bestioles), croyant qu’il voulait jouer, lui saute dessus, l’enfonçant un peu plus dans le fossé ! Le bobo réussit à sortir de son trou, mouillé de la tête au pied, insultant la nature, les animaux, sa peluche frisée, les arbres, l’eau, la boue, ses habits, enfin tout ce qu’il pouvait. Pas très beau-beau à entendre et à voir. Je vous laisse imaginer le Guyr ! Mort de rire, comme vous dites les humains !

Vous ne me connaissez pas, mais sans vouloir me vanter, j’ai un très bon caractère. Prenant en pitié le bonhomme, je m’apprêtais à le secourir, quand le Guyr m’a retenue par le collier. « Chut, ne bouges pas. S’il nous voit, il sera encore plus en colère. Et puis, profites du spectacle, ce n’est pas tous les jours que tu verras une telle comédie… »

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Moralité de l’histoire. Ben oui, à nous les jeunes filles de bonne famille, on nous a enseigné qu’il fallait toujours retirer du positif du malheur des autres !!!! Apprends à construire ta vie, qu’elle me disait ma grand-mère. C’était une femme sage, pleine de jugeote. Après réflexion, je suis certaine que devant ce spectacle grandiose, elle m’aurait déclaré : « Tu vois, ma petite Cantate, mieux vaut vagabonder seule que mal accompagnée… » 

Wouaf ! Wouaf !

2 réflexions sur “Mademoiselle Cantate du Vaccarès et le bobo parisien

    1. Le Guyr moqueur ? Impossible ! Moi qui le connaissais assez bien, je peux vous assurer du contraire. Non, il était plutôt, comment vous dire ? gouailleur ! Oui, c’est ça : gouailleur !!!…

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