L’Italien – Vie de Malyse, N°2

Je viens trouver une note du Guyr sur une soirée chez Marie-Lyse. Voici un extrait sans commentaire. Je vous laisse savourer. Catelin Renarth.

 

Tout est primordial, je dois tout marquer pour ne rien oublier ! Ah, l’Italien ! Quelle soirée ! Je ne l’avais jamais vue ainsi. Malyse était irréelle, dansant, fredonnant, virevoltant autour de mon fauteuil, me passant la main dans les cheveux, m’effleurant la jambe, se courbant devant moi, m’éblouissant de son merveilleux sourire, me couvant de son regard d’émeraude…

– Imaginez, Guyrault ! Moi, là-bas, perdue au milieu des bois de la Chartreuse, prenant par la main le petit T’Tienne, l’emportant dans une farandole insensée, pendant que le Joannés chantait, les yeux rivés sur la Minaude, l’Italien ! Vous souvenez-vous du beau Serge ? Non ! Pas Gainsbourg, l’autre ! Le Reggiani ! Le Joannés était italien, le Joannès connaissait sa chanson par cœur. Sa voix était grave, flottant par dessus les flammes, les domptant, pendant que le T’Tienne se tordait dans tous les sens, me tirant le bras pour l’accompagner dans une frénésie connue de lui seul. Pauvre enfant, déficient mental qui puisait une jouissance extrême dans cette chanson… J’ai haïs cette chanson, mais ô combien je l’ai aimée quand elle transportait le petit T’Tienne dans un univers connu de lui seul. Dehors, le tas de fumier avachi devant la porte était gelé. La veille, l’âne était mort, saisi par le moins 20° de la nuit précédente. Ce soir-là, la Minaude avait dit à son homme : « Te, lo Joannés, fa no dansé, fau que lo petio so rechofe, i gelé.  Vo y, chant’ no l’italo. »

Ce soir-là, Malyse n’était pas dans son appartement de Caluire, mais là-bas, dans la ferme aux renards. Elle avait ôté ses souliers, changé sa tenue de ville pour enfiler un vieux pantalon usé et un pull-over rapiécé de toutes parts. Son abondante chevelure, soyeuse, contrastait avec sa tenue déguenillée…

– Imaginez, Guyrault ! Moi, là-bas, perdue au milieu des bois de la Chartreuse. Dehors, la neige recouvre tout. Ce matin, le Joannés a mesuré 80 cm d’épaisseur dans la cour. Dehors, derrière la maison, un tas insolite. L’âne, étendu, raide sous la neige, écoute cette drôle oraison funèbre, son oraison funèbre, celle de l’Italien !

 

 

 

 

2 réflexions sur “L’Italien – Vie de Malyse, N°2

    1. Hello !
      J’ai une sale habitude, j’attends toujours pour répondre aux messages ! Moi aussi, j’aime bien. Du coup, je vois que nous avons deux points communs : Reggiani et la photo ! Sauf que pour la photo, vous êtes beaucoup plus douée que moi. Bien cordialement. Catelin.

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