Le Pays des Mille et Mille Mondes – N°1 : la Grande Origine

Souvent, je disais au Guyr qu’il faudrait qu’il nous parle de l’origine du Pays des Grands Imaginaires. « Le temps n’est pas venu, me disait-il, plus tard ». Pourtant, de nombreux lecteurs lui réclamaient cet espace du temps. De plus, je me sentais un peu frustré. J’étais son meilleur ami et c’est lui qui m’avait baptisé ‘’Fouch’ de Mor – le puissant sorcier’’. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que je suis né au pays des sorciers ! Fantaisie du Maître des Rêves… Personnellement, ça me faisait bien rigoler, et puis, c’était sympa de faire partie de ses écrits.

Dans tous les disques durs qu’il m’a légués, il y en au un qui porte la mention ‘’Grands Imaginaires’’.  Hier soir, j’ai regardé. La voici l’origine. En fait, c’est une étude primaire : en titre, il indique : « La Grande Origine – Essai – A revoir ». Comme je ne suis pas le Guyr, je ne vais pas m’amuser à la corriger. La voici, brute d’écriture, non datée. C.R.

La petite fille hésita. Etait-ce à droite ou à gauche ? Que tout cela était difficile ! Pourtant la mésange lui avait dit : « Tu suis le chemin des fleurs sur 2 km. Après, tu trouveras un carrefour, et là, tu prends à droite. Ensuite, tu suis le chemin de la rivière, puis, tu trouveras le carrefour du vieux chêne, et là, tu prends à gauche. Tu verras, à partir de ce moment, tout sera facile ». Elle avait fait comme la mésange lui avait expliqué : le chemin des fleurs, le premier carrefour à droite, et le chemin de la rivière. C’est là que ça devenait difficile. Le chemin à gauche était complètement recouvert de ronces. Elle ne pouvait pas passer. Il faut dire qu’avec ses petites jambes, elle ne pouvait les enjamber. Et puis, elle risquait de déchirer sa jolie robe fleurie que lui avait offert sa marraine. « C’est une robe magique, lui avait dit cette dernière. Tu ne dois la porter que les jours de lune rousse. Les autres jours, elle ne te servira à rien. Tu te souviendras ? Que les jours de lune rousse ».

Elle était allée voir son grand-père pour qu’il lui explique. C’est quoi la lune rousse ? Et pourquoi les jours de lune rousse ? La lune, elle n’apparaissait que la nuit. Elle ne comprenait rien à ce charabia. Le vieillard lui avait tout expliquer, en lui disant en plus : « Tu vois, la prochaine, c’est dans huit jours, le jour de la Sainte Catherine de Sienne. C’est un bon jour, celui ou la lune se mélange avec la terre. Et puis, c’est le jour de ta fête ». En l’écoutant, elle s’était souvenue que sa marraine lui avait dit une fois, que le jour où la lune se marie avec la terre, ce jour-là, les gens du Pays des Tout-en-Bas pourraient voir les Mille Mondes. Intriguée, elle s’était demandée ce que c’était ces Mille Mondes. Elle avait demandé à droite et à gauche, personne n’avait pu la renseigner. Finalement, elle avait posé la question à son grand-père : « Dis Grand-Père, c’est quoi les Mille Mondes ? ». Il lui avait répondu : « C’est une légende, petite ». « Une légende ? Qu’est-ce que c’est ? ». Alors le Vieux lui expliqua.

Tu vois, petite, quand moi je n’étais qu’un enfant comme toi, mon grand-père me racontait une histoire que son grand-père lui avait racontée quand il était petit. Tu comprends ? C’est une très vieille histoire, c’est une légende. Je ne m’en souviens plus très bien, mais, je vais essayer de t’expliquer. Les écrits anciens du Pays des Tout-en-Bas, tu sais, ceux qui sont gravés sur la Pierre de la Connaissance, racontent qu’il y a très longtemps Mille et Mille Mondes existaient au delà de l’intervalle. Ils disent même que notre Pays, celui des Tout-en-Bas, faisait partie de ces Mille et Mille Mondes. Malgré que la gravure de la Pierre de la Connaissance soit très usée, on peut lire qu’il y avait également dans ces Mille Mondes un monde magique : celui des Sept Merveilles.

En écoutant son grand-père, la petite fille nota un mot : magique, comme sa robe. Elle se promit de lui demander ce que voulait dire magique. Et puis, il y avait ce mot qu’elle ne connaissait pas : intervalle. Qu’est-ce que c’était ? Elle aimerait bien savoir. Apprendre, oui, ça serait bien, mais sa maman lui avait dit que c’était trop tôt, il lui fallait attendre ses six ans. Deux ans encore à attendre. Mais, elle, elle voulait tout savoir, maintenant !

Dis, petite, tu m’écoutes ou tu rêves ? Ah, je comprends. Tu veux savoir ce que veut dire magique et intervalle ?

Surprise, la petite fille regarda son grand-père. Elle n’avait pas parlé et voilà que son grand-père devinait ses pensées. C’est ça, ce que veut dire ce mot magique ? Décidément, tout cela était bien compliqué.

Magique, petite Catherine, c’est quand qu’elle que chose se produit sans que tu le veuilles. Tiens, imagines une plante fanée. Elle est desséchée, morte. Tu sais qu’elle va pourrir pour nourrir la terre de sa pourriture. Soudain, tu la vois se redresser, pousser à toute allure et fleurir. C’est magique. L’intervalle, c’est compliqué à t’expliquer, c’est comme un espace vide. Tiens, comme une immense clairière autour de laquelle, il y a des dizaines de chemins qui partent dans tous les sens. Comme celle du bois de l’étoile, si tu préfères. Oui, c’est ça, comme la clairière de l’étoile.

Maintenant, elle était au carrefour du vieux chêne devant cet amas de ronces qui l’empêchait de prendre le chemin de gauche. Comment faire ? Désemparée, elle s’assit au pied du vieux chêne pour réfléchir. Ah, si elle avait des ailes comme la mésange, ce serait magique ! Magique comme la plante fanée et comme sa robe. Sa robe magique ! Peut-être que sa robe fleurie n’avait pas peur des ronces ? Elle se leva, se dirigea lentement vers le roncier. Un bruissement se fit entendre d’un coup, les ronces se dressèrent pour former un immense tunnel. Heureuse, elle se faufila à l’intérieur. Au fur et à mesure qu’elle avançait des boutons de roses éclataient de partout formant une arche féerique. Soudain, elle perçut un bruit étrange. On aurait dit un milieu d’oiseaux qui voletaient dans tous les sens. Puis, au milieu de ce froufrou étrange, elle entendit une voix chanter : ‘’Que les roses sont belles. N’oublies jamais le chemin des roses, il te conduira là où tu veux aller, à l’Intervalle, puis au Pays des Mille Mondes’’.

Encouragée par le chant, elle franchit le tunnel et déboucha dans une immense clairière. Au milieu, une fontaine d’où jaillissait une eau bleu claire comme le ciel. Tout autour de la clairière, un nombre incalculable de tunnels. Certains étaient fleuris comme celui des roses, d’autres étaient composés de bois mort, d’autres d’épines, d’autres de buissons noir comme le charbon, d’autres de serpents qui se tordaient dans tous les sens, d’autres de gargouilles affreuses. Elle s’approcha de ceux qui étaient fleuris. Certains étaient en clématites de toutes les couleurs, d’autres étalaient des grappes de couleurs, d’autres étaient recouvertes de clochettes jaunes, d’autres d’étranges fleurs blanches où de millier d’oiseaux au long bec buvaient leur nectar. « Quel endroit bizarre, se dit-elle. Quel chemin dois-je prendre ? ». Assoiffée, elle se dirigea vers la fontaine, mis ses mains dans l’eau pour se désaltérer. Elle était délicieuse, avec un goût qu’elle ne connaissait pas. Avoir en avoir repris plusieurs fois, elle se sentit fatiguée. Elle remarqua un buisson de feuilles vertes cotonneuses où elle pourrait se reposer sans crainte. Une fois étendue, elle s’assoupit.

Catherine ! Catherine, réveilles-toi ! Allons, debout ! On t’attend, viens vite. Prends le chemin et viens.

Ouvrant les yeux, regardant autour d’elle, elle ne vit personne. Qui l’appelait ? Se levant, elle regarda partout. Personne ! Mais au fur et à mesure qu’elle tournait dans la clairière, à chaque entrée des chemins, une pancarte apparaissait. Il y avait là le chemin des Grandes Incertitudes, celui des Grandes Incompréhensions, celui de la Grande Miséricorde, celui de la Sombre Incohérence, celui de l’Amère Désuétude, celui des Fourbes Malédictions, celui de la Douce Obscurité, celui des Suaves Chuchotements, celui des Grandes Glaces, celui des Grands Frissons,  celui des Tout-en Bas, celui des Couloirs du Temps, celui des Grands Cauchemars, celui des Grands Maléfices, celui des Grands Enchantements, celui des Mondes Perdus… Il y en avait des centaines, des milliers ! Continuant son tour de clairière, elle s’arrêta soudain devant une pancarte étrange. Dessus était écrit ‘’Pays des Grands Vénérables’’. Trouvant le nom sympathique, elle voulut pénétrer dans le tunnel, quand un vieux frêne lui barra le passage. Une voix grave lui dit : « Tu ne peux pas, il faut avoir mille et mille ans pour entrer ici. Essaies plus loin, il y a un chemin pour les petites filles de quatre ans ». Continuant, elle arriva devant le chemin de la Douce Innocence. Au bout du tunnel, elle vit des centaines de bébés roses et joufflus. Elle se dit qu’ici, il y aurait certainement des mamans qui pourraient la renseigner. Au moment de franchir le seuil du tunnel, une orchidée géante lui déclara : « Tu ne peux pas, tu es trop vieille. Et puis, tu es déjà venue parmi nous, tu t’appelles Catherine. Ici, on ne peut venir qu’une fois. Mais comme je me souviens que tu étais gentille, je vais t’aider. Tu vois le tunnel tout noir, là-bas au fond de la clairière ? Prends le, il te mènera là où tu veux aller ».

Ayant remercié l’orchidée, la petite fille se dirigea vers le tunnel indiqué. Elle avait un peu peur, il était si lugubre, si sombre… Arrivée devant, elle s’arrêta effrayée. Au l’entrée du tunnel, couchée en travers du chemin, une louve blanche la regardait attentivement. Elle s’en approcha tout doucement, elle était si effrayante. La louve se leva. A ce moment la petite fille vit la pancarte à l’entrée du tunnel : ‘’Pays des Sept Merveilles’’. Elle sourit, enfin, elle était arrivée !

La louve se leva et lui dit : « Viens, je vais te faire découvrir le Pays des Grands Imaginaires, le Pays des Mille et Mille Mondes et celui qui l’a créé, le Maître des Rêves ».

Suivant la louve blanche qui lui dit s’appeler ‘’Dame aux loups’’, elle parvint dans un monde surprenant. Dans le ciel, il y avait deux lunes, la blonde et la rousse. Elles vinrent vers la petite fille et lui dirent : « Bonjour Catherine, je m’appelle Dame Gealach, je suis la reine de la nuit, et voici Bukang, la prêtresse des nuits rousses. Là-bas, le soleil que tu vois s’appelle Araw Le Divin, c’est lui qui dirige le Grand Intervalle de l’Espace Temps. Là, plus loin, sous le reflet de la Grande Obscurité, c’est Maan, l’étoile qui brille jour et nuit. Et là, en train de somnoler, c’est Gumala, la grande déesse des rêves. Là-bas, vers la cabane d’épines, c’est Maklevarh, le grand prêtre du Pays des Fourbes Malédictions. Quand il a su que tu arrivais, il est venu pour t’emmener vers Tien’Chu, le Grand Maître des Sombres Désespérances. Heureusement que le vieux chêne nous a prévenus, comme cela le Maître des Rêves a pu envoyer à ta rencontre la Dame aux Loups, sinon, tu n’aurais jamais pu rentrer chez toi. Tiens, à propos de Maître des Rêves, le voici. C’est lui, et lui seul qui va te faire visiter le Pays des Grands Imaginaires. Va avec lui, et n’aie crainte, il est gentil ».

La petite fille se dirigea vers l’homme qui venait vers elle. Il était grand et insolite. Il ressemblait à la fois à son grand-père, à sa mère, à son père et à sa marraine. En le regardant de plus près, elle s’aperçut qu’il ressemblait à tous ceux qu’elle aimait et même à ceux qu’elle n’appréciait pas trop. Parfois, il avait la tête de son chat ‘’Gribouille’’, une autre fois, elle croyait voir Emilie sa meilleure amie, une autre encore, elle avait cru voir Guillaume, le garçon qui lui piquait ses jouets, même qu’elle avait cru voir Monsieur Ménèche, le voisin qui lui faisait peur, et aussi Billy, son poisson rouge !

–  Bonjour Catherine, lui demanda t-il. As-tu fait bon voyage ?

– Oui, Monsieur. J’ai bien eu un peu peur à la clairière. Il y a tellement de chemins sinistres. J’avais peur de me perdre.

– Tu ne risquais rien, lui dit-il, j’étais avec toi.

– Pourtant, je ne vous ai jamais vu. Et puis, je ne pouvais pas vous appeler, je ne sais pas comment vous vous appeler.

– Dame Gealach te l’a dit, ici, je suis le Maître des Rêves. Dans ton pays, celui des Tout-en-Bas, on m’appelle Le Guyr, l’ami de ton grand-père Fouch’ de Mor.