Anthropologie des né-de-rien ou l’Anthropométrie de l’objet

Waouh ! Vous avez vu ce titre pompeux ! Il n’est pas de moi, mais du Guyr. Âmes sensibles, pour une fois, rigolez et munissez-vous de mouchoirs en papier !!! Je laisse la parole au Guyr, mon ami le Maître des Rêves. Bonne lecture. Catelin.

Il y a peu, une amie intime me fit cette réflexion : « Savez-vous que personne n’a encore répondu à la fondamentale question « les objets inanimés ont-ils une âme » ? Qu’en sait donc un diablotin comme vous ??? » Ah ! Ah ! Que voilà la bonne question énigmatique, et vicelarde en plus ! Ne voulant pas rester en reste, et désirant faire comprendre à cette artiste qu’elle manipule les âmes de ses pinceaux sans le savoir, je me penchais sur le sujet, et lui répondais avec le plus de sincérité possible…

13-----Croquevinius

Chère Charlotte, suite à votre demande, il me faut vous conter un écrit qu’il me fut lu lors de l’un de mes voyages dans le Grand Pays des Grands Imaginaires. Le voici :

Un jour, au creux d’une vague de chicaneries, je suis né de rien. C’est déraisonnable, naître de rien ! Quoique la plupart des dieux sont nés de rien, comme il est dit dans les écrits anciens. Et pourtant, je ne suis ni Dieu, ni une de ces quelconques invraisemblances. Au fur des bousculements de l’indéfinissable, de l’indéchiffrable statut hébraïque du survenu de nulle-part, je suis devenu un vulgaire rien, un rien-tout-court. C’est irrationnel d’être rien-tout-court, n’est-ce pas ? Mais, certainement plus valorisant qu’un statut inutile…

Ah, j’allais oublier ! L’avantage d’un né-de-rien… posséder le privilège de se présenter. Je suis un rien-du-tout. Vous savez bien, cette chose que l’on ne remarque pas du tout, sauf quand un besoin urgent impose sa présence, ou quand il faut déverser une colère mal digérée. Là, à ces instants précis, je dois vous avouer que c’est assez impressionnant de devenir apparence, même si cette allégorie n’est que celle d’une éphémère passade. Fantasme aphrodisiaque du moins-que-rien… Comme celui de l’utilité. Celle-là, elle me fait rire jaune : être un né-de-rien possédé par une apparence pour s’apercevoir que cette dernière vous ramènera fatalement au statut de moins-que-rien. C’est déraisonnable d’être un moins-que-rien qui prétend avoir des fantasmes d’utilité, oui, c’est terriblement incohérent, mais c’est ainsi.

Un jour, je ne sais plus lequel exactement, je me suis aperçu que je n’étais plus ce rien-du-tout ! Instant magique, excitation fantasmagorique ! Imaginez ! Spéculez avec moi ! D’un coup, je ne suis plus ce vulgaire rien-du-tout, mais un rien personnalisé ! Sourire à la vie du petit rien-du-tout qui découvre ce qu’il y a derrière la porte du moins-que-rien. Enfin, je vais devenir autre chose ! Ouvrant un œil, celui qui ne regarde que les choses du bon côté, je me découvre. Enfin, presque. La finalité ? Je découvre comment les autres me voient. Un objet ! Je suis devenu un objet. C’est assez singulier d’être un objet, nettement moins irrationnel que d’être un rien-du-tout, mais con quand même. C’est ainsi, et on n’y peut rien. Mais, il y a du bon dans tout ça, c’est que de moins-que-rien, je suis devenu utile. Adieu les fantasmes passés d’utilité, bonjour la bienveillance du profitable. Finalement, c’est nettement moins irréfléchi que de n’être qu’un objet inutile. Sourire à la vie de ce petit né-de-rien qui peut se glorifier de ne pas être relégué au fin fond de la malle cadenassée par les toiles d’araignée du grenier.

Un autre jour, je fis une découverte phénoménale ! Découverte qui allait chambouler ma vie d’ex né-de-rien. Ce jour-là, on me plaça dans une sorte de lieu divinatoire. Ébloui, j’écoutais un homme habillé de noir vantant la destinée de l’Humanité qui n’était pas née de rien, mais de la générosité divine. J’étais en train de me demander ce qu’était que cette Humanité quand j’entendis une petite voix me dire : « Toi aussi, tu es né de la générosité divine, comme moi ». Surpris, je me retournais. Personne ! Rien de rien, que des objets, anodins comme moi ! Pensant que j’avais rêvé, je retournais à mes occupations quand des centaines de voix s’écrièrent : « Nous aussi, nous sommes nés de la générosité divine, comme toi. Et, comme toi, nous sommes des né-de-rien ». Époustouflé par cette avalanche de vocalises, je vis que tous les objets me regardaient en souriant. Quel choc ! Je n’étais pas unique ! En face de moi, il y avait des centaines de né-de-rien !…

Mais, alors, si tous ces né-de-rien étaient nés, de quoi et comment étaient-ils nés ? Et si tous ces objets, des né-de-rien, étaient mes semblables, alors, cela voulait dire que j’étais quelque-chose ! Moi, une chose ?! Donc, je devenais définissable ! Comment cela était-il possible ? Etant incapable de trouver LA réponse, je me tournais vers la seule divinité du savoir dont j’avais entendu parler : Robert ! Oui, le Petit Robert, vous savez bien, l’une de ces nombreuses divinités qui ont fait que les né-de-rien puissent réfléchir et s’offrir la béatitude d’être là ! Ecoutez…

Objet, définition du mot : Une entité (une chose) définie dans un espace à trois dimensions, soit naturelle, soit fabriquée par l’homme (phénomène créé de toute pièce par des conditions expérimentales ), qui a une fonction précise, désignable par une étiquette verbale (un nom). En ce sens, l’objet est sensible, c’est-à-dire qu’il est ou doit pouvoir être perceptible par au moins un des cinq sens ou par un dispositif ad hoc. Il est défini par les relations externes qu’il entretient avec son environnement, par son état et les mouvements ou modifications qu’il subit ou qu’il cause. De ce fait, puisque rien n’est permanent, il évolue dans le temps, qu’il soit laissé à l’abandon ou non.

Oh là là ! Fantastiquement phénoménal ! Ainsi, j’étais le résultat d’une condition expérimentale, plus ou moins désirable – mais avec un nom, s’il vous plaît ! – évoluant dans un environnement pas du tout choisi par moi. Mais, qu’importe ! L’essentiel n’est pas là…

Désormais, je n’étais pas un né-de-rien sorti de nulle part. Certes, toujours un objet issu des chicaneries du ciboulot – cet objet qui risquait de devenir un moins-que-rien inanimé – mais un objet avec une âme !

Chère Charlotte, comme vous pouvez le constater, il est certain que tous les objets – quel qu’ils soient, inanimés ou non – possèdent ce que nous appelons une âme. Toutefois, en vous écrivant ce voyage peu ordinaire, une question m’est venue à l’esprit. Vous qui voyez tout, vous qui devinez tout au travers de votre disque divinatoire des couleurs, pourriez-vous m’éclairer sur un point ? Ne trouvez-vous pas qu’il y a une similitude frappante entre l’homme et l’objet ?!! Peut-être, pourriez-vous me répondre en me peignant les âmes errantes ?

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