Phil’Pa, l’homme qui chapardait les étoiles pour illuminer le ciel

Lors d’un barbecue nocturne chez un couple d’amis auvergnats, un tout petit bambin de trois ans demanda à son père pourquoi il y avait des étoiles dans le ciel ! Des étoiles ? Pourquoi il y a des étoiles dans le ciel ? Et bien, parce que… ». Devant le désarroi du père face à une telle question, je déclarais au gamin : « Tu sais, c’est une très longue histoire, seulement connue par les grands-pères. Le tien ne te l’a pas racontée ? ». Ce à quoi le petit garçon me répondit : « Tu sais, mon Papy, il habite trop loin, il peut pas me la raconter. Mais toi, tu la sais peut-être ? » L’ayant fait asseoir sur les genoux de son père, je lui expliquai pourquoi il y avait des étoiles dans le ciel depuis un certain soir…

Tu ne sais pas, lui déclarai-je, mais avant, il n’y avait pas d’étoiles dans le ciel ! Oh, c’était il y a très longtemps, mais alors très-très longtemps, tellement longtemps qu’à cette époque, il n’y avait pas d’électricité dans les maisons et encore moins de smartphone comme celui avec lequel tu t’amuses. Même que le soir dans les maisons, pour y voir clair, il fallait allumer des chandelles ou se mettre devant le feu de la cheminée en hiver. Et dehors la nuit, tu aurais vu dehors ! C’était tout noir comme dans la cave de ta maison, sauf quand Dame Gealach éclairait le ciel. Regarde, ce soir, elle est là au-dessus de ta tête, bien ronde et bien brillante.

Le petit garçon leva la tête, et s’exclama : « Mais, c’est la lune, c’est pas la dame Gealach comme tu dis ! » Mais si, lui répondis-je, la lune s’appelle ainsi, comme toi tu t’appelles Sorene. Elle se nomme comme ça parce qu’elle règne sur les nuits des Mille Mondes. Elle les éclaire à tour de rôle, chacun après l’autre. Ce soir, tu as de la chance, elle est ici. Demain, elle sera repartie illuminer un autre monde, et puis un autre, et encore un autre, et encore beaucoup d’autres avant qu’elle ne revienne ici. Donc, quand Dame Gealach n’était pas au-dessus d’un monde, la nuit était sombre, noire comme du charbon. Dehors, les gens ne sortaient pas de peur de se perdre dans la nuit. Les animaux, eux aussi, restaient cachés dans leurs maisons.

« Tu racontes n’importe quoi, s’exclama le petit garçon, les animaux n’ont pas de maison, ils vivent dans les bois ! Quand on va se promener dans les bois avec papa et maman, on n’a jamais vu des maisons d’animaux ». C’est parce que vous vous promener le jour, lui répondis-je. Si, vous y alliez la nuit, tu verrais plein de maisons d’animaux. Tiens, un peu comme les maisons des Schtroumfs. Il y en a des rondes, des carrées, des grandes et des petites. Mais, le jour, tu ne peux pas les voir, car elles sont invisibles. Donc, tu te souviens que la nuit les gens et les animaux ne sortaient pas dehors tellement il faisait sombre. Sauf les chats et les renards ! Les chats, eux, voient la nuit pour attraper des souris. Les renards, sortent la nuit également, mais uniquement pour manger les chats !

Une nuit très noire, un petit garçon qui s’appelait Sore’N, s’inquiétait pour son chat Atal’A qui était sorti chasser les souris à côté de l’étang en dessous de sa maison. Depuis quelques jours, les habitants du pays de Bar’S avaient vu des renards qui rodaient autour des maisons, et le petit garçon avait peur que son chat ne se fasse manger par le renard. Sans rien dire à son père Phil’Pa et à sa mère Nuele’Ma, il partit à la recherche de son chat. Mais, dehors, il faisait tellement sombre que le petit Sore’N se perdit. « Elle est triste ton histoire, l’interrompit le petit garçon. Je n’ai plus envie de l’écouter ». Tu n’as pas beaucoup de patience, lui rétorquai-je, ne t’avais-je pas dit que c’était une très longue histoire ? Si, n’est-ce pas, alors, écoute.

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Son papa Phil’Pa s’étant aperçu de la disparition de son fils, s’arma d’une pioche, et partit à sa recherche. Arrivé à l’étang, il vit qu’il était tout noir. Aussi noir que la nuit. « Pourvu que Sore’N ne soit pas tombé dedans, se disait-il ». Il décida d’allumer un grand feu. Ainsi, il pourrait voir au fond de l’étang. Hélas, la nuit était si noire, et l’étang si sombre, que le feu ne servait à rien, sauf à éclairer une grosse pierre blanche couchée au bord de l’étang. Désespéré, il s’assit sur la pierre en se disant qu’il ne retrouverait jamais son petit garçon.

Soudain, il entendit une voix grave qui demandait : « Qui a osé s’asseoir sur ma pierre toute blanche ? » Se levant de la pierre pour s’excuser, il découvrit une grosse araignée bleue, avec des poils verts de partout et deux énormes yeux violets. Lui ayant expliqué ce qu’il faisait ici, l’araignée, qui s’appelait Arane’Ea, lui dit qu’elle allait l’aider à retrouver le petit garçon et son chat. « Ne bouge pas d’ici, je vais aller chercher de l’aide, lui dit-elle. Fais seulement un plus grand feu avec des flammes aussi hautes que les arbres ». Phil’Pa ramassa toutes les branches mortes qu’il trouva et fit un énorme feu, tellement gigantesque que les gens de l’autre côté de la montagne se demandaient ce qui arrivait au pays de Bar’S. Le feu faisait tellement de tintamarre que Phil’Pa n’entendit pas tout de suite ce qui se passait derrière lui. Des centaines d’araignées bleues tissaient une immense toile d’araignée. « Comme celles qui sont dans la cave, demanda le petit garçon ? » Non, lui répondis-je, bien plus grosse, gigantesque ! Tiens, tu te souviens de la grande bâche noire qu’il y a sur le toit du hangar ? Et bien, la toile d’araignée était trois fois plus grande.

Pendant que les araignées travaillaient à leur toile géante, plus de mille lapins s’installèrent autour de l’étang et se mirent à souffler dessus. Tu aurais vu l’étang ! Petit à petit, il y eut des milliers de vagues, et sur chaque vague apparurent des milliards de scintillements. « Qu’est-ce que c’est des scintillements, demanda le garçon ? » Des petits reflets qui brillent et qui clignotent en dansant, lui expliquai-je. « Comme les étoiles dans le ciel, demanda le jeune Sorene ? » Oui, comme les étoiles dans le ciel. Mais, chut, écoute la suite…

La grosse araignée bleue, tu te souviens, celle qui était sous la pierre blanche, demanda à Phil’Pa d’attraper au vol tous les scintillements et de les poser au milieu de la toile d’araignée gigantesque. Comme il ne savait pas comment les attraper, l’araignée lui dit : « Tu fais comme les voleurs de pomme, tu les chapardes à toute vitesse ! » Phil’Pa se mit à l’ouvrage. Dès qu’une vague clignotait, il l’attrapait au vol et la jetait dans la toile. Bientôt, la toile fut tellement remplie de scintillements qu’elle traînait par terre. Alors, l’araignée Arane’Ea lui dit : « Avec ta pioche coupe ces fils, là, ceux qui sont attachés aux arbres ». D’un seul coup, l’immense toile d’araignée se souleva en gémissant de douleur, et envoya très loin dans le ciel tous les scintillements. Il y eut un grand craquement dans le ciel, comme un énorme coup de tonnerre qui dura longtemps, très longtemps. De partout, dans le pays de Bar’S, les gens furent pris d’une grande peur et partir se cacher dans leurs maisons.

Quand, ils n’entendirent plus aucun bruit, les gens de Bar’S sortirent doucement de leurs maisons. Et là, stupeur, ils virent que le ciel était rempli de milliers d’étoiles qui clignotaient dans le ciel ! Voilà, c’est comme ça que les étoiles sont nées et qu’elles sont toujours là dans le ciel.

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« Et le petit garçon et son chat, demanda le jeune bambin de trois ans, Phil’Pa les a retrouvés ? » Je crois bien lui répondis-je en souriant, ne t’appelles-tu pas Sorene et ton chat, ne se nomme t-il pas Atala ?…

2 réflexions sur “Phil’Pa, l’homme qui chapardait les étoiles pour illuminer le ciel

  1. J’ai adoré !
    Je crois que je vais faire une soirée pyjama cet automne à la bibliothèque pour raconter des histoires… dont la tienne !
    Beau dimanche, Catelin, bises !
    La Dame de Ladignac

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    1. Une soirée pyjama, quelle bonne idée ! Bien, bien… Pour te donner du moulin à moudre, il faudrait que j’en écrive plus encore. Hélas, l’inspiration est terriblement belliqueuse. Quoiqu’il en soit, émerveille ton auditoire avec tes petites histoires et… les miennes ! Bises à toi Dame de Lad’Ignak !

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