La personnalité du Guyr

Avant de mettre en ligne ses écrits, il me faut vous parler du Guyr. Exercice difficile ! Physiquement, c’était un grand bonhomme, mince, avec un visage ridé. Je l’ai toujours connu ainsi. Un jour barbu, un autre glabre. Habillé soit très chic, soit totalement anodin. Je me souviens encore d’un jour où il vint me voir avec une nouveauté vestimentaire, son chapeau. « Tu comprends, me dit-il, je perds mes cheveux, et je n’aurais jamais cru que l’on puisse avoir si froid au crâne ». Depuis ce jour, il ne le quitta plus.

Le premier jour où nous avons fait connaissance, sans savoir pourquoi, nous nous sommes appréciés immédiatement. Sa poignée de main était franche, son sourire avenant et son regard – ô son regard ! Pétillant de joie et d’empathie. L’homme savait recevoir.  On m’avait recommandé d’aller le voir pour lui présenter mon projet, projet  qu’il adopta d’emblée sans tenir compte des aléas que cela pourrait lui poser. Ainsi était Le Guyr, généreux de cœur.

Affirmer que l’on « connaisse » Le Guyr relève de l’utopie pure et simple ! Il était tout à la fois secret et exubérant, versatile à souhait dans ses pensées. Je ne me souviens pas de l’avoir vu discuter sans penser à une multitude d’autres choses, sauf lorsque nous nous enfilions dans une partie de rigolade. A cet instant précis, il était entier dans son délire. Hélas, je savais que cela ne lui arrivait pas souvent, d’où certainement cette jouissance rare à la « déconnade ». Pour imager un peu son esprit vagabond, je me souviens d’une anecdote significative. Un jour qu’il assistait à une conférence historique, discours très technique sur l’An Mil, il me confessa que c’était lors de cette allocution qu’il avait imaginé ‘’Georges Robert et le chat noir’’, histoire délirante qui n’avait absolument aucun lien avec le sujet de la conférence.

Connaître Le Guyr, c’était un peu comme se lancer dans la quête du Graal. Je crois savoir que seules deux personnes ont progressé sur ce chemin à hauts risques, Malyse et moi. Malyse ? C’était le secret douloureux de sa vie, mais aussi, celle qui l’a aidé à devenir le Guyr. Quant à moi, je n’étais que son ami, au même titre qu’il était le mien. Lui, très aérien ; moi, plutôt terrien.  S’il y avait deux choses dont il avait horreur, c’étaient des questions personnelles et tout ce qui avait rapport avec la psychologie. « Tu sais, me disait-il souvent, lorsque les psychologues sauront ce qu’est exactement la réalité de la vie des gens simples, là, peut-être, j’accepterai de les respecter. Ces marsouins, et pardonnes-moi cet aphorisme, sont de grands illettrés ! Ils me font penser à des enfants aveugles qui feuillettent un livre d’images… Pauvres charlatans de l’esprit qui, ne comprenant rien à leur science, se masturbent le ciboulot et celui de leurs clients pour se faire valoir ».  Il se refusait à tout commentaire sur son intimité, si ce n’est cette définition assez spectaculaire : « Je suis un gémeaux avec un double ascendant. Tu te rends compte, avoir quatre personnalités, c’est génial ! Tu en connais beaucoup des mecs qui sont capables d’associer le bien et le mal, l’Homme et la Femme ? Même Dieu n’y est pas parvenu ! ». Cela pour expliquer ce que j’écrivais sur le testament : ‘’ce solitaire parfois aimé, souvent mal-aimé’’.  Incompris est plus exact, il faut dire qu’il ne faisait pas grand chose pour être compris par ce qu’il appelait le commun des humanoïdes.  Il était dur à vivre, n’acceptant pas de l’autre qu’il ne fasse pas des concessions comme lui faisait. « La vie à deux est tellement compliquée, pourquoi y rajouter des dissonances d’ego ? Tu me diras qu’il faut que l’un et l’autre comprennent que l’effort doit être unanime, égalitaire ».

Il est temps que j’arrête mes propos pour aujourd’hui. Il ne manquera pas d’occasions de vous parler de lui au cours des parutions de ses écrits : sa voracité de la nature, sa passion pour la musique (notamment Paganini), de son amour inaltérable de la vie, mais surtout de son affection pour l’écriture et le sens des mots. Quand on sait que le bonhomme n’a jamais fait d’études littéraires, on se demande comment il a fait pour coucher sur le papier tous ses fantasmes de l’esprit.

C.R.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s